1 Mais le peuple, voyant que Moïse tardait à descendre de la montagne, s’assembla vers Aaron et lui dit : Viens, fais-nous des dieux qui marchent devant nous ; car pour ce Moïse, cet homme qui nous a fait monter du pays d’Égypte, nous ne savons ce qui lui est arrivé.
2 Et Aaron leur répondit : En-levez les anneaux d’or qui sont aux oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos filles, et apportez-les-moi.
3 Et tous enlevèrent les anneaux d’or qui étaient à leurs oreilles ; et ils les apportèrent à Aaron,
4 Qui les prit de leur main, les travailla au ciseau, et en fit un veau de fonte. Alors ils dirent : Voici tes dieux, ô Israël, qui t’ont fait monter du pays d’Égypte.
5 Aaron, voyant cela, bâtit un autel devant lui. Puis, Aaron cria et dit : Demain il y aura fête en l’honneur de l’Éternel !
6 Ils se levèrent donc de bon matin, le lendemain, et ils offrirent des holocaustes, et ils présentèrent des sacrifices de prospérité, et le peuple s’assit pour manger et boire ; puis ils se levèrent pour se divertir.
Note · Exode 32.1–6
Le don peut servir un projet contraire à l’alliance
L’or est rassemblé pour une figure visible et une fête est annoncée au nom du Seigneur. Le problème concerne donc aussi la manière de représenter et de servir le Dieu de la délivrance. Une intention religieuse ou un vocabulaire pieux ne suffisent pas à rendre tout culte fidèle.
7 Alors l’Éternel dit à Moïse : Va, descends, car ton peuple, que tu as fait monter du pays d’Égypte, s’est corrompu ;
8 Ils se sont bientôt détournés de la voie que je leur avais prescrite ; ils se sont fait un veau de fonte, se sont prosternés devant lui, lui ont sacrifié, et ont dit : Voici tes dieux, ô Israël, qui t’ont fait monter du pays d’Égypte.
9 L’Éternel dit aussi à Moïse : J’ai regardé ce peuple, et voici, c’est un peuple au cou roide.
10 Or maintenant, laisse-moi faire ; que ma colère s’enflamme contre eux, et que je les consume ; mais je ferai de toi une grande nation.
11 Alors Moïse supplia l’Éternel son Dieu, et dit : Pourquoi, ô Éternel ! ta colère s’enflammerait-elle contre ton peuple, que tu as fait sortir du pays d’Égypte avec une grande puissance et par une main forte ?
12 Pourquoi les Égyptiens diraient-ils : Il les a fait sortir pour leur malheur, pour les tuer dans les montagnes, et pour les consumer de dessus la terre ? Reviens de l’ardeur de ta colère, et te repens du mal que tu veux faire à ton peuple.
13 Souviens-toi d’Abraham, d’Isaac et d’Israël, tes serviteurs, auxquels tu as juré par toi-même, en leur disant : Je multiplierai votre postérité comme les étoiles des cieux, et je donnerai à votre postérité tout ce pays dont j’ai parlé, et ils le posséderont à jamais.
14 Et l’Éternel se repentit du mal qu’il avait dit qu’il ferait à son peuple.
Note · Exode 32.7–14
L’intercession se réclame de la fidélité de Dieu
Moïse invoque la délivrance, le nom de Dieu parmi les nations et la promesse aux patriarches. Il ne se présente pas comme plus généreux que Dieu par nature. Le récit donne une portée réelle au dialogue et à la supplication, sans transformer la prière en pouvoir de commande sur la décision divine.
15 Alors Moïse retourna et descendit de la montagne, les deux tables du Témoignage en sa main, les tables écrites des deux côtés ; elles étaient écrites sur l’une et l’autre face.
16 Et les tables étaient l’ouvrage de Dieu ; l’écriture aussi était l’écriture de Dieu, gravée sur les tables.
17 Or Josué entendit la voix du peuple qui poussait des cris, et il dit à Moïse : Il y a un bruit de bataille dans le camp.
18 Et Moïse dit : Ce n’est ni un bruit de cris de victoire, ni un bruit de cris de défaite ; j’entends un bruit de chants.
19 Et lorsqu’il fut près du camp, il vit le veau et les danses. Alors la colère de Moïse s’enflamma, et il jeta de ses mains les tables, et les brisa au pied de la montagne.
20 Puis, il prit le veau qu’ils avaient fait, le brûla au feu, et le broya jusqu’à ce qu’il fût réduit en poudre, qu’il répandit sur l’eau, et il en fit boire aux enfants d’Israël.
21 Et Moïse dit à Aaron : Que t’a fait ce peuple, que tu aies attiré sur lui un si grand péché ?
22 Et Aaron répondit : Que la colère de mon seigneur ne s’enflamme point ; tu sais que ce peuple est porté au mal ;
23 Ils m’ont dit : Fais-nous des dieux qui marchent devant nous ; car pour ce Moïse, cet homme qui nous a fait monter du pays d’Égypte, nous ne savons ce qui lui est arrivé.
24 Alors je leur ai dit : Que ceux qui ont de l’or s’en dépouillent ; et ils me l’ont donné, et je l’ai jeté au feu, et il en est sorti ce veau.
Note · Exode 32.15–24
Les tables brisées rendent visible la rupture
Moïse réagit à ce qu’il voit, puis interroge Aaron. Celui-ci minimise son rôle en racontant la fabrication comme si le veau était apparu de lui-même. Le lecteur connaît pourtant son intervention. Le récit distingue ainsi l’explication donnée pour se défendre des actes effectivement racontés.
25 Or, Moïse vit que le peuple était sans frein ; car Aaron l’avait laissé sans frein, objet d’opprobre parmi leurs ennemis.
26 Alors Moïse se tint à la porte du camp, et dit : A moi quiconque est pour l’Éternel ! Et tous les enfants de Lévi s’assemblèrent vers lui.
27 Et il leur dit : Ainsi a dit l’Éternel, le Dieu d’Israël : Que chacun de vous mette son épée au côté. Passez et repassez, de porte en porte, dans le camp ; et tuez chacun son frère, chacun son ami, et chacun son voisin.
28 Et les enfants de Lévi firent selon la parole de Moïse ; et il y eut en ce jour-là environ trois mille hommes du peuple qui périrent.
29 Or Moïse avait dit : Consacrez aujourd’hui vos mains à l’Éternel, chacun de vous, même au prix de son fils ou de son frère, pour attirer aujourd’hui sur vous la bénédiction.
Note · Exode 32.25–29
Un jugement violent qui n’est pas un modèle à reproduire
Les Lévites exécutent un ordre qui atteint des membres de leur propre peuple. Le texte rapporte cette violence dans le cadre d’une rupture d’alliance majeure. Cette scène pose une difficulté réelle ; elle n’autorise aucun responsable religieux à purifier sa communauté par la force ni à faire de ses proches des victimes de son zèle.
30 Et le lendemain Moïse dit au peuple : Vous avez commis un grand péché ; mais maintenant je monterai vers l’Éternel ; peut-être obtiendrai-je le pardon de votre péché.
31 Moïse retourna donc vers l’Éternel, et dit : Hélas ! ce peuple a commis un grand péché, en se faisant des dieux d’or ;
32 Mais maintenant, pardonne leur péché ! Sinon, efface-moi de ton livre que tu as écrit.
33 Et l’Éternel répondit à Moïse : Celui qui aura péché contre moi, je l’effacerai de mon livre.
34 Et maintenant, va, conduis le peuple où je t’ai dit. Voici, mon ange ira devant toi ; mais, au jour où j’exercerai la punition, je punirai sur eux leur péché.
35 Ainsi l’Éternel frappa le peuple, parce qu’il avait été l’auteur du veau qu’avait fait Aaron.
Note · Exode 32.30–35
La solidarité ne supprime pas la responsabilité
Moïse va jusqu’à engager sa propre place dans sa demande de pardon. La réponse distingue la responsabilité de celui qui a péché et maintient la conduite du peuple. Le récit associe intercession et jugement, plutôt qu’il ne promet l’effacement instantané de toutes les conséquences d’une rupture collective.