Foi · doute · raison
Dieu.
L’idée qui résiste.
57 visages. Trois manières d’affronter la question de Dieu — la contester, lui répondre ou déplacer le problème.
Entrer dans la conversation1818—1883
Karl Marx
La religion comme symptôme
La religion traduit une détresse réelle, mais elle peut aussi détourner les êtres humains de la transformation concrète de leurs conditions de vie.
Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel, 1844
1856—1939
Sigmund Freud
La religion comme illusion
La croyance religieuse serait le prolongement de désirs humains profonds : besoin de protection, refus de la finitude et recherche d’un père tout-puissant.
L’Avenir d’une illusion, 1927
1844—1900
Friedrich Nietzsche
Que reste-t-il après Dieu ?
La disparition de Dieu dans la conscience occidentale n’est pas une simple libération. Elle ouvre une crise vertigineuse du sens, des valeurs et de la vérité.
Le Gai Savoir, 1882
1872—1970
Bertrand Russell
Croire sans preuve ?
Les arguments traditionnels en faveur de Dieu lui paraissent insuffisants. Le mal et la souffrance rendent également difficile l’idée d’une providence bonne.
Pourquoi je ne suis pas chrétien, 1927
1905—1980
Jean-Paul Sartre
La liberté sans Dieu
Si Dieu n’existe pas, l’être humain ne reçoit pas son essence d’avance : il se découvre condamné à choisir, à se définir et à porter seul le poids de sa liberté.
L’existentialisme est un humanisme, 1946
1952—
André Comte-Sponville
Une spiritualité sans Dieu
L’athéisme ne supprime pas forcément la vie intérieure : il peut chercher une sagesse, une fidélité et une expérience du réel sans confession de foi.
L’Esprit de l’athéisme, 2006
1941—
Richard Dawkins
Dieu comme hypothèse inutile
La foi religieuse lui paraît incompatible avec l’exigence scientifique : expliquer le monde par Dieu ajouterait une complexité plutôt qu’une réponse.
The God Delusion, 2006
1908—1986
Simone de Beauvoir
La liberté sans recours
Son existentialisme déplace l’existence humaine hors d’un ordre donné d’avance : la liberté, le corps, la condition féminine et la responsabilité se pensent sans appel à Dieu.
Pour une morale de l’ambiguïté, 1947 · Le Deuxième Sexe, 1949
1960—
Graham Oppy
Le naturalisme suffit-il ?
Oppy examine les arguments en faveur de Dieu sans les caricaturer. Il soutient qu’une vision naturaliste du réel explique au moins aussi bien les données disponibles, avec moins d’engagements métaphysiques.
Arguing About Gods, 2006 · The Best Argument against God, 2013
1928—2010
Mary Daly
Dieu au prisme du patriarcat
Sa critique féministe attaque les langages religieux qui sacralisent la domination masculine. La question de Dieu devient alors aussi une question de pouvoir, de corps et de parole.
Beyond God the Father, 1973
1711—1776
David Hume
Miracles et preuves fragiles
Son scepticisme met en difficulté les arguments religieux fondés sur les miracles, la causalité ou l’ordre du monde. Il oblige la foi à préciser ce qu’elle appelle témoignage et raison.
Enquête sur l’entendement humain, 1748 · Dialogues sur la religion naturelle, 1779
1804—1872
Ludwig Feuerbach
Dieu comme projection
Pour Feuerbach, la théologie dit en réalité l’anthropologie : Dieu serait l’image agrandie des désirs, des manques et des grandeurs que l’être humain projette hors de lui.
L’Essence du christianisme, 1841
1917—1981
J. L. Mackie
Le problème du mal
Il formule une objection analytique forte : l’existence du mal semble difficile à concilier avec un Dieu à la fois tout-puissant, parfaitement bon et pleinement souverain.
The Miracle of Theism, 1982
1942—2024
Daniel Dennett
La religion expliquée
Il cherche à comprendre la religion comme un phénomène naturel, façonné par l’évolution, la cognition et les cultures humaines, plutôt que comme une réponse à une réalité divine.
Breaking the Spell, 2006
1959—
J. L. Schellenberg
Pourquoi Dieu demeure-t-il caché ?
Si un Dieu parfaitement aimant désire une relation avec chaque personne, comment comprendre l’existence d’incroyants sincères, ouverts à Dieu mais incapables de le reconnaître ?
Divine Hiddenness and Human Reason, 1993
1858—1917
Émile Durkheim
La religion comme fait social
La religion ne se réduit pas à une croyance individuelle : ses rites, ses symboles et la distinction du sacré et du profane expriment et renforcent la vie du groupe.
Les Formes élémentaires de la vie religieuse, 1912
1956—
Judith Butler
Normes, corps et pouvoir
Sa pensée interroge les cadres qui produisent les identités, les normes et les exclusions. Elle met au défi les héritages religieux dans leur rapport au corps et au pouvoir.
Gender Trouble, 1990
1788—1860
Arthur Schopenhauer
Le monde traversé par la souffrance
Le désir condamne l’être humain à osciller entre le manque et l’ennui. Ce pessimisme radical met à l’épreuve l’idée d’un monde créé et gouverné par une bonté souveraine.
Le Monde comme volonté et comme représentation, 1818
1957—
Paul Draper
La souffrance comme indice
La répartition de la douleur et du plaisir dans le vivant paraît-elle plus probable si Dieu existe, ou si la nature demeure indifférente au sort des créatures ? Draper renouvelle ainsi le problème du mal sur le terrain des probabilités.
Pain and Pleasure : An Evidential Problem for Theists, 1989
1623—1662
Blaise Pascal
Le Dieu caché
La raison éclaire, mais ne contient pas toute l’expérience humaine. L’être humain porte à la fois une grandeur, une misère et une soif que le divertissement ne suffit pas à combler.
Pensées, publication posthume en 1670
1898—1963
C. S. Lewis
Le désir comme indice
Nos désirs les plus profonds ne prouvent pas mécaniquement Dieu, mais ils peuvent signaler que l’être humain est orienté vers une réalité que le monde visible n’épuise pas.
The Weight of Glory, 1941 · Mere Christianity, 1952
1646—1716
Gottfried Wilhelm Leibniz
Pourquoi y a-t-il quelque chose ?
La raison cherche une explication suffisante du réel. Pour Leibniz, Dieu n’est pas une pièce ajoutée au monde, mais le fondement ultime de son intelligibilité.
Essais de théodicée, 1710
1642—1727
Isaac Newton
Un monde intelligible
L’ordre mathématique de la nature ne fermait pas la question de Dieu : il pouvait au contraire inviter à penser un monde donné, structuré et compréhensible.
Philosophiæ Naturalis Principia Mathematica, 1687
1932—
Alvin Plantinga
La foi peut être rationnelle
Une croyance en Dieu peut être rationnelle sans dépendre d’une démonstration préalable, comme d’autres convictions fondamentales issues de nos facultés cognitives.
Warranted Christian Belief, 2000
1950—
Francis Collins
La science n’épuise pas le réel
La méthode scientifique décrit admirablement le fonctionnement du monde. Elle ne tranche pas, à elle seule, les questions de finalité, de valeur morale ou de sens.
The Language of God, 2006
XXᵉ—XXIᵉ siècle
Lydia Jaeger
Science, création et connaissance
Philosophe des sciences et théologienne, elle travaille la rationalité scientifique sans la couper de la doctrine de la création, de l’humilité intellectuelle et de la confiance en Dieu.
Croire et connaître · Ce que les cieux racontent
1893—1957
Dorothy Sayers
Dogme et imagination
Romancière, essayiste et chrétienne, elle refuse une foi réduite à la morale vague. Le dogme chrétien lui paraît dramatique, intelligible et capable de nourrir l’imagination.
Creed or Chaos ?, 1940
1894—1966
Georges Lemaître
Cosmologie et humilité
Prêtre et physicien, il a contribué à penser l’origine cosmique sans confondre équation scientifique et preuve religieuse. La foi n’avait pas besoin de forcer la science.
Hypothèse de l’atome primitif, 1931
1821—1881
Fiodor Dostoïevski
Le Christ face au nihilisme
Ses romans affrontent le mal, la culpabilité, la liberté et la révolte. La foi chrétienne n’y évite pas la nuit : elle y descend pour chercher l’être humain.
Les Frères Karamazov, 1880
1950—2023
Tim Keller
Croire dans la ville séculière
Pasteur et apologète, il a cherché à répondre aux objections modernes sans mépriser le doute, en reliant l’Évangile aux questions de sens, d’identité, de justice et d’espérance.
The Reason for God, 2008
1948—
N. T. Wright
Jésus dans l’histoire
Historien du Nouveau Testament, il défend la cohérence historique et théologique de Jésus, de la résurrection et de l’espérance chrétienne dans le cadre du judaïsme du premier siècle.
The Resurrection of the Son of God, 2003
1921—2011
John Stott
Une foi biblique et publique
Son évangélisme conjugue fidélité biblique, clarté doctrinale et engagement dans le monde. Il montre une réponse chrétienne à la fois sobre, intellectuelle et pastorale.
Basic Christianity, 1958 · La Croix de Jésus-Christ, 1986
1953—
Alister McGrath
Foi, science et histoire des idées
Théologien et historien des idées, il répond à l’athéisme contemporain en montrant que la foi chrétienne peut dialoguer avec la science, la raison et l’imaginaire.
The Dawkins Delusion ?, 2007
1926—2020
J. I. Packer
Connaître Dieu
Il a marqué la théologie évangélique par une articulation exigeante entre doctrine, piété et vie chrétienne. Pour lui, connaître Dieu engage l’intelligence autant que l’adoration.
Knowing God, 1973
1970—
Amy Orr-Ewing
Répondre aux objections contemporaines
Apologète britannique, elle travaille les questions de confiance dans la Bible, de souffrance, de vérité et de crédibilité publique du christianisme dans une culture sceptique.
Why Trust the Bible ?, 2005
1980—
Rebecca McLaughlin
Questions difficiles, réponse accessible
Elle répond aux objections culturelles contemporaines sur la foi, la sexualité, la souffrance, l’exclusivité chrétienne et la crédibilité morale de l’Évangile.
Confronting Christianity, 2019
1886—1968
Karl Barth
Dieu se fait connaître
Dieu n’est ni une projection humaine ni la conclusion d’un raisonnement religieux. Il demeure libre et se fait connaître lui-même dans sa Parole, pleinement révélée en Jésus-Christ.
L’Épître aux Romains, 1922 · Dogmatique, 1932—1967
1937—
Henri Blocher
Penser le mal au pied de la croix
La foi ne résout pas le mal par une formule abstraite. Blocher cherche à tenir ensemble la gravité du mal, la souveraineté de Dieu et la réponse singulière que le christianisme discerne dans la croix.
Le Mal et la Croix, 1990
1724—1804
Emmanuel Kant
Dieu au-delà de la preuve
La raison théorique ne peut pas saisir Dieu comme un objet. Mais la question morale, elle, laisse ouverte l’idée d’un sens ultime et d’une justice qui dépasse le monde visible.
Critique de la raison pure, 1781 · Critique de la raison pratique, 1788
1813—1855
Søren Kierkegaard
La vérité à vivre
La question de Dieu ne se réduit pas à posséder une preuve correcte. Elle engage l’existence singulière, le choix, l’angoisse et le risque d’une confiance qu’aucun système ne peut vivre à notre place.
Crainte et Tremblement, 1843 · Post-scriptum définitif et non scientifique, 1846
1906—1945
Dietrich Bonhoeffer
Croire dans un monde devenu majeur
Depuis la prison, il demande comment parler du Christ dans un monde qui n’a plus besoin de Dieu comme explication de secours. La foi devient présence responsable, suivie du Christ et engagement pour les autres.
Résistance et soumission, publication posthume en 1951
1809—1882
Charles Darwin
La création interrogée
L’évolution a bouleversé la manière de penser le vivant, le hasard, la finalité et la lecture de la création. Elle oblige croyants et non-croyants à préciser leurs questions.
De l’origine des espèces, 1859
1694—1778
Voltaire
Contre le fanatisme
Il critique violemment l’intolérance religieuse sans se confondre avec un athéisme strict. Son déisme rappelle qu’on peut contester l’Église sans supprimer Dieu.
Traité sur la tolérance, 1763
1913—1960
Albert Camus
Le mal et la révolte
Camus refuse les consolations faciles. La souffrance innocente et l’absurde ne ferment pas seulement la question de Dieu : ils la rendent plus brûlante.
Le Mythe de Sisyphe, 1942 · La Peste, 1947
1946—
Marcel Gauchet
Sortir de la religion ?
Le christianisme aurait profondément façonné l’Occident jusque dans son émancipation moderne. Même quand la société se sécularise, la question religieuse continue de la travailler.
Le Désenchantement du monde, 1985
1909—1943
Simone Weil
L’attente de Dieu
Entre philosophie, souffrance, mystique et refus des appartenances faciles, Simone Weil pense une attention extrême au réel comme lieu possible de rencontre avec Dieu.
Attente de Dieu, publication posthume en 1950
1879—1955
Albert Einstein
Un Dieu cosmique ?
Son langage sur Dieu fascine et trouble : il évoque l’ordre du réel plus qu’un Dieu personnel. Il oblige à distinguer foi biblique, panthéisme et émerveillement scientifique.
Écrits et correspondances sur science, religion et philosophie
1906—1975
Hannah Arendt
Le mal sans profondeur ?
Elle ne traite pas Dieu comme un système de preuves, mais sa pensée du mal, de la responsabilité et de la modernité déplace la question morale après les catastrophes du XXᵉ siècle.
Eichmann à Jérusalem, 1963
1923—2015
René Girard
Désir, violence et révélation
Sa théorie du désir mimétique et du bouc émissaire déplace la question de Dieu vers l’anthropologie de la violence. Les Évangiles dévoilent ce que les mythes cachent.
Des choses cachées depuis la fondation du monde, 1978
1914—1943
Etty Hillesum
Dieu dans la catastrophe
Ses journaux déplacent la question de Dieu vers l’intériorité, la compassion et la résistance spirituelle au cœur de la persécution nazie.
Une vie bouleversée, journaux 1941—1943
1931—
Charles Taylor
Les conditions modernes du croire
Il ne cherche pas d’abord à prouver Dieu, mais à comprendre pourquoi la foi est devenue une option parmi d’autres dans l’Occident moderne.
L’Âge séculier, 2007
1913—2005
Paul Ricœur
Soupçon, interprétation, espérance
Sa philosophie déplace la question de Dieu vers l’interprétation des textes, le conflit des lectures, la mémoire, la culpabilité et la possibilité d’une espérance après le soupçon.
Le Conflit des interprétations, 1969
1968—
Tom Holland
L’Occident après le christianisme
Historien, il montre combien les valeurs modernes de dignité, d’égalité et de compassion restent marquées par l’héritage chrétien, même lorsque la foi recule.
Dominion, 2019
1947—
Chantal Delsol
Penser la postchrétienté
Elle interroge ce qui advient lorsque la chrétienté culturelle s’efface : ce qui meurt, ce qui demeure et ce qui peut encore féconder la culture occidentale.
La Fin de la chrétienté, 2021
1941—
Julia Kristeva
L’imaginaire religieux
À partir de la littérature, de la psychanalyse et du langage, elle interroge la puissance symbolique du christianisme et la persistance du religieux dans l’expérience humaine.
Cet incroyable besoin de croire, 2007
XXᵉ—XXIᵉ siècle
Louise Antony
Une vie morale sans Dieu
Son athéisme philosophique déplace le débat au-delà de la seule réfutation de Dieu : comment la raison, l’expérience et nos relations peuvent-elles fonder une vie morale et intellectuelle sans foi religieuse ?
Philosophers Without Gods, 2007
1912—1994
Jacques Ellul
Technique, liberté et foi
Il déplace la question de Dieu vers la critique de la société technicienne, des idoles modernes et des pouvoirs qui promettent le salut sans libérer l’être humain.
La Technique ou l’Enjeu du siècle, 1954