1 Noémi, la belle-mère de Ruth, lui dit un jour : Ma fille, je ne veux pas négliger de te chercher une situation qui te rende heureuse.

2 Tu sais que Booz, avec les servantes duquel tu as travaillé, est notre parent. Ce soir il doit vanner l’orge amassée dans l’aire.

3 Lave-toi donc et parfume-toi, puis mets tes plus beaux habits et rends-toi à l’aire où il bat son orge. Mais ne fais pas connaître ta présence avant qu’il ait fini de manger et de boire.

4 Quand il se couchera pour dormir, note bien l’endroit où il s’installe, approche-toi, écarte la couverture pour lui découvrir les pieds et puis, couche-toi là. Il te dira alors ce que tu devras faire.

5 Ruth lui répondit : Je ferai tout ce que tu me dis.

Note · Ruth 3.1–5

Le projet de Naomi cherche un avenir au-delà de la récolte

Le repos qu’elle souhaite reprend celui demandé pour ses belles-filles au chapitre 1. La toilette, les vêtements et le déplacement à l’aire préparent une rencontre qui expose Ruth. Le récit ne fournit pas un conseil universel de séduction : une coutume ancienne ne doit pas être transformée en obligation de se mettre en danger pour obtenir protection ou mariage.

6 Elle descendit dans l’aire et suivit toutes les instructions de sa belle-mère.

7 Booz mangea et but et il fut très content, puis il alla se coucher au bord du tas d’orge. Alors Ruth s’approcha tout doucement, elle écarta la couverture pour découvrir ses pieds et se coucha là.

8 Au milieu de la nuit, Booz eut un frisson, il se pencha en avant et s’aperçut qu’une femme était couchée à ses pieds.

9 Qui es-tu ? lui demanda-t-il. Je suis Ruth, ta servante. Veuille me prendre sous ta protection car, en tant que proche parent, tu es responsable de moi.

Note · Ruth 3.6–9

Ruth ne demande pas seulement qu’on lui dise quoi faire

Lorsque Boaz se réveille, elle donne son nom puis demande l’extension de son aile, en invoquant sa responsabilité de parent. La scène porte une proximité et une tension réelles ; elle ne décrit pas explicitement une relation sexuelle. Une note ne doit ni affirmer un rapport qui n’est pas raconté ni prétendre dissiper toutes les ambiguïtés du langage. La demande engage l’union et la protection.

10 Que l’Eternel te bénisse, ma fille, lui dit-il. Ce que tu viens de faire est une preuve d’amour envers ta belle-mère encore plus grande que ce que tu as déjà fait. En effet, tu aurais pu courir après les jeunes hommes, qu’ils soient pauvres ou riches.

11 Maintenant, ma fille, ne t’inquiète pas : je ferai pour toi tout ce que tu demandes, car tous les gens de l’endroit savent que tu es une femme de valeur.

12 Il est vrai que j’ai envers toi la responsabilité d’un proche parent, mais il existe un parent plus direct que moi.

13 Passe ici la fin de la nuit, et demain matin nous verrons si cet homme veut s’acquitter envers toi de sa responsabilité de proche parent. Si oui, qu’il le fasse. S’il refuse, je te promets, aussi vrai que l’Eternel est vivant, que je m’en acquitterai envers toi. En attendant, reste couchée jusqu’au matin !

Note · Ruth 3.10–13

La reconnaissance de Ruth accompagne une limite à respecter

Boaz loue sa fidélité et reconnaît publiquement connue la valeur de sa conduite. Il accepte d’agir, mais rappelle le droit d’un parent plus proche. Il n’est pas présenté comme le frère du mari défunt : le rachat familial et le souci de maintenir un nom se rejoignent ici sans reproduire simplement, à l’identique, le lévirat de Deutéronome 25.5-10.

14 Elle resta couchée à ses pieds jusqu’au matin, puis elle se leva au petit jour avant que l’on puisse se reconnaître, car Booz avait dit : Il ne faut pas que l’on sache qu’une femme est venue sur l’aire.

15 Avant qu’elle parte, il lui dit : Donne la cape que tu portes, tiens-la bien ! Elle la tint ainsi, et il y versa vingt-cinq litres d’orge et l’aida à les charger sur elle, puis elle rentra à la ville.

16 Quand elle arriva chez sa belle-mère, celle-ci lui demanda : Comment les choses se sont-elles passées, ma fille ? Alors Ruth lui raconta tout ce que cet homme avait fait pour elle.

17 Elle ajouta : Il m’a même donné ces vingt-cinq litres d’orge, car il m’a dit : « Tu ne retourneras pas les mains vides auprès de ta belle-mère. »

18 Noémi lui dit : Maintenant, ma fille, reste là jusqu’à ce que tu saches comment les choses tourneront, car cet homme ne se donnera aucun répit avant d’avoir réglé cette affaire aujourd’hui.

Note · Ruth 3.14–18

L’attente est soutenue par un engagement et un don

Ruth repart avec de l’orge et raconte l’événement à Naomi. Ne pas rentrer à vide fait contraste avec les mains vides du premier chapitre. La discrétion du départ ne prouve pas qu’un acte sexuel aurait eu lieu ; elle montre aussi l’enjeu social d’une présence nocturne. Naomi peut maintenant attendre une démarche précise, et non seulement espérer une faveur indéfinie.