1 Jacob convoqua ses fils et leur dit : Réunissez-vous et je vous révélerai ce qui vous arrivera dans les temps à venir.
2 Rassemblez-vous et écoutez, | fils de Jacob ! Ecoutez ce que dit | Israël, votre père.
3 Ruben, tu es mon premier-né, le premier fruit de ma vigueur, | du temps où j’étais plein de force, toi, tu es supérieur | en dignité | et supérieur en force.
4 Bouillonnant comme l’eau, | tu n’auras pas le premier rang ! Car tu as profané | la couche de ton père, | en entrant dans mon lit.
5 Siméon et Lévi sont frères, ils se sont mis d’accord | pour semer la violence.
6 Non, je ne veux pas m’associer | à leur complot ! Je mets un point d’honneur | à ne pas approuver | leurs délibérations ! Car mus par leur colère, | ils ont tué des hommes ; poussés par leur caprice, | ils ont mutilé des taureaux.
7 Que leur colère soit maudite, | car elle est violente. Maudit soit leur emportement, | car il est implacable ! Moi je les éparpillerai | au milieu de Jacob, je les disperserai | en Israël.
Note · Genèse 49.1–7
La colère des fils n’est pas bénie
Le rappel de Ruben rejoint Genèse 35.22. Les paroles sur Siméon et Lévi reprennent leur violence, notamment racontée en Genèse 34. Le langage de bénédiction du chapitre n’exige donc pas d’approuver chaque conduite : la colère meurtrière peut être dénoncée au moment même où l’avenir est transmis.
8 O toi, Juda, | tes frères te rendront hommage, ta main fera ployer | la nuque de tes ennemis, et les fils de ton père | se prosterneront devant toi.
9 Oui, Juda est un jeune lion. Mon fils, tu reviens de la chasse et tu t’es accroupi | et couché comme un lion, comme une lionne : | qui te ferait lever ?
10 Le sceptre ne s’écartera | pas de Juda, et l’insigne de chef | ne sera pas ôté | d’entre ses pieds jusqu’à la venue de celui | auquel ils appartiennent et à qui tous les peuples | rendront obéissance.
11 Son âne, il l’attache à la vigne, et, à un cep de choix, | le petit de l’ânesse. Il lave dans le vin | son vêtement, dans le jus des raisins | il nettoie son manteau.
12 Il a les yeux plus rouges que le vin, les dents plus blanches que le lait.
Note · Genèse 49.8–12
L’avenir royal de Juda
Le lion, le sceptre et l’abondance donnent à Juda une portée de gouvernement et de fécondité. La formulation de Genèse 49.10 est difficile et reçoit des traductions différentes. L’interprétation messianique chrétienne est importante, mais elle ne permet pas de faire comme si toutes les difficultés de la phrase hébraïque avaient disparu.
13 Zabulon aura sa demeure | sur le rivage de la mer, il aura sur sa côte | un port pour les navires, son territoire s’étendra | jusqu’à Sidon.
14 Issacar est un âne | très vigoureux couché au beau milieu | de deux enclos.
15 Il a trouvé | que le repos est bon, que le pays est agréable, il tend l’épaule | pour porter le fardeau, et il s’assujettit | à la corvée.
16 Dan jugera son peuple, comme les autres tribus d’Israël.
17 Que Dan soit un serpent | sur le chemin, qu’il soit une vipère | sur le sentier, mordant les jarrets du cheval, pour que le cavalier | en tombe à la renverse.
18 Je compte sur toi, Eternel | pour accorder la délivrance.
19 Gad agressé par une troupe | l’assaillira et c’est sa troupe à lui | qui poursuivra la troupe adverse.
20 Aser a une riche nourriture. C’est lui qui fournira | des mets dignes d’un roi.
21 Nephtali est semblable | à une biche en liberté | qui donne de beaux faons.
Note · Genèse 49.13–21
Des images différentes pour des destins collectifs
Les paroles sur les autres fils utilisent des paysages, des activités et des animaux. Elles appellent à considérer la diversité des tribus plutôt qu’à établir une échelle simple de valeur personnelle. La brève invocation du salut au milieu du poème rappelle aussi que l’avenir dépend de Dieu.
22 Joseph est un rameau fertile d’un arbre plein de fruits | planté près d’une source. Ses branches grimpent et s’élancent | par-dessus la muraille.
23 Des archers le provoquent, | le prennent à partie, et le harcèlent de leurs flèches.
24 Mais son arc reste ferme car ses bras pleins de force | conservent leur souplesse grâce au secours | du Puissant de Jacob, qui est le berger et le Roc | sur lequel Israël se fonde.
25 Oui, le Dieu de ton père | viendra à ton secours, le Tout-Puissant te bénira. Qu’il veuille te bénir d’en haut | par des pluies abondantes et par des eaux d’en bas | où repose l’abîme, par de nombreux enfants | et beaucoup de troupeaux.
26 Les bénédictions de ton père surpassent celles des montagnes antiques et les meilleurs produits | des collines anciennes. Que ces bénédictions | soient sur la tête de Joseph, et sur le front | du prince de ses frères !
27 Benjamin est semblable | à un loup qui déchire. Dès le matin, | il dévore sa proie, et sur le soir encore, | répartit le butin.
28 Tous ceux-là ont formé les douze tribus d’Israël, c’est ainsi que leur parla leur père et qu’il les bénit, en prononçant pour chacun sa bénédiction propre.
Note · Genèse 49.22–28
Joseph béni au milieu de l’adversité
Les images de fécondité et d’attaque associent la vie de Joseph à une protection reçue. La bénédiction de l’ensemble des fils maintient leur appartenance commune malgré la diversité des paroles. L’unité de la famille n’exige pas que toutes ses histoires aient été identiques ni que chaque blessure soit oubliée.
29 Jacob leur donna ses instructions : Je vais aller rejoindre mes ancêtres, enterrez-moi auprès de mes pères dans la caverne qui se trouve dans le champ d’Ephrôn le Hittite,
30 dans la caverne du champ de Makpéla, vis-à-vis de Mamré, au pays de Canaan, la caverne qu’Abraham a achetée, avec le champ, à Ephrôn le Hittite en propriété funéraire.
31 C’est là qu’on a enterré Abraham et sa femme Sara ; c’est là qu’on a enterré Isaac et sa femme Rébecca. C’est là aussi que j’ai enterré Léa.
32 Le champ et la caverne qui s’y trouve ont été achetés aux Hittites.
33 Lorsque Jacob eut achevé d’énoncer ses instructions à ses fils, il ramena ses pieds sur son lit, expira et fut réuni à ses ancêtres.
Note · Genèse 49.29–33
Transmettre jusqu’au lieu de la sépulture
Jacob répète sa demande d’être enterré avec ses pères et nomme ceux qui y reposent. Le geste rattache sa mort à une mémoire et à une promesse. Le livre ne conclut pas que les descendants possèdent déjà tout le pays ; ils doivent encore vivre une histoire d’attente.