1 Voici quels peuples l’Eternel laissa subsister pour mettre à l’épreuve les Israélites qui n’avaient pas participé aux guerres pour la conquête de Canaan.

2 Il voulait que les nouvelles générations d’Israélites, qui n’avaient pas connu la guerre, apprennent ce qu’est la guerre.

3 L’Eternel laissa donc dans le pays les cinq principautés philistines, tous les Cananéens et les Sidoniens, les Héviens qui habitaient la chaîne du Liban depuis la montagne de Baal-Hermon jusqu’à Lebo-Hamath.

4 Ces peuples servirent à éprouver les Israélites pour savoir s’ils obéiraient aux commandements que l’Eternel avait donnés à leurs ancêtres par Moïse.

5 Ainsi les Israélites habitèrent au milieu des Cananéens, des Hittites, des Amoréens, des Phéréziens, des Héviens et des Yebousiens.

6 Ils épousèrent leurs filles, donnèrent leurs propres filles à leurs fils et adorèrent leurs dieux.

Note · Juges 3.1–6

L’apprentissage de la guerre ne constitue pas un idéal universel

La présence des peuples est reliée à la mise à l’épreuve et à l’expérience militaire des générations suivantes. Le texte situe les alliances matrimoniales dans un mouvement vers le service des autres dieux. Il ne propose pas une théorie de pureté ethnique applicable à tout mariage ni un ordre chrétien d’entretenir la guerre pour former les jeunes.

7 Les Israélites firent ce que l’Eternel considère comme mal : ils oublièrent l’Eternel leur Dieu et rendirent un culte aux dieux Baals et Ashéras.

8 L’Eternel se mit en colère contre Israël et il les livra au pouvoir de Koushân-Risheatayim, roi de Mésopotamie. Les Israélites lui furent assujettis pendant huit ans.

9 Ils implorèrent l’Eternel et celui-ci leur suscita un libérateur en la personne d’Otniel, fils de Qenaz, qui était le frère cadet de Caleb. Et Otniel les délivra.

10 L’Esprit de l’Eternel vint sur lui et il prit la direction d’Israël. Il partit en guerre contre Koushân-Risheatayim, roi de Mésopotamie, et l’Eternel lui donna la victoire sur lui.

11 Après cela, la région fut en paix pendant quarante ans ; puis Otniel, fils de Qenaz, mourut.

Note · Juges 3.7–11

Othniel illustre le cadre de la délivrance

Oubli, oppression, cri, intervention de l’Esprit et repos s’enchaînent en quelques versets. Peu de détails sont donnés sur les combats ou le gouvernement. Cette sobriété ne doit pas être comblée par une biographie imaginée ; la fonction du passage est surtout de poser le mouvement qui sera repris et compliqué dans la suite.

12 Les Israélites recommencèrent à faire ce que l’Eternel considère comme mal. A cause de cela, l’Eternel fortifia Eglôn, roi de Moab, et le dressa contre Israël.

13 Eglôn s’allia aux Ammonites et aux Amalécites, et ils attaquèrent les Israélites, les battirent et s’emparèrent de la ville des palmiers.

14 Pendant dix-huit ans, les Israélites furent assujettis à Eglôn, roi de Moab.

15 Alors ils implorèrent l’Eternel, et celui-ci leur suscita un libérateur en la personne d’Ehoud, fils de Guéra, de la tribu de Benjamin, un homme qui était gaucher. Les Israélites le chargèrent de porter le tribut à Eglôn, roi de Moab.

16 Ehoud se fabriqua une épée à deux tranchants d’environ cinquante centimètres de long et il la ceignit sous ses vêtements, le long de la cuisse droite.

17 Il alla remettre le tribut à Eglôn, roi de Moab qui était très gros.

18 Lorsqu’il eut fini de présenter le tribut, il renvoya les hommes qui l’avaient apporté.

19 Arrivé aux idoles de pierre à côté de Guilgal, il revint sur ses pas et dit au roi : Majesté, j’ai un message secret à te communiquer. Le roi ordonna à tous ceux qui se tenaient autour de lui de le laisser, et tous ses familiers se retirèrent.

20 Alors Ehoud s’approcha du roi qui était assis dans la chambre haute qu’il s’était réservée sur la terrasse, au frais. Ehoud lui dit : J’ai pour toi un message de Dieu. Le roi se leva de son siège.

21 De sa main gauche, Ehoud saisit l’épée qu’il portait sur sa cuisse droite et l’enfonça dans le ventre du roi.

22 La poignée elle-même pénétra après la lame, et la graisse se referma sur la lame, car Ehoud laissa l’arme dans le ventre du roi,

23 puis il sortit par le vestibule, après avoir fermé les portes de la chambre haute à clé derrière lui.

Note · Juges 3.12–23

Une faiblesse supposée devient une possibilité de surprise

Éhoud se sert de la main gauche et dissimule son arme du côté droit. Le récit exploite cette singularité dans une scène de proximité avec le roi. L’annonce d’une parole de Dieu fait partie de la ruse rapportée ; elle ne donne pas une autorisation de tuer quelqu’un sous couvert d’un message religieux.

24 Quand il fut sorti, les serviteurs du roi revinrent et ils constatèrent que les portes de la chambre haute étaient fermées à clé. Ils attendirent, se disant que le roi était en train de faire ses besoins dans la chambre d’été.

25 Ils attendirent un bon moment. Enfin, ne sachant plus que penser, et comme il n’ouvrait toujours pas les portes, ils prirent la clé et ouvrirent eux-mêmes et voici que leur maître était étendu à terre, mort.

26 Pendant qu’ils s’étaient ainsi attardés, Ehoud s’était échappé. Il dépassa les idoles de pierre et s’enfuit vers Seïra.

27 Dès qu’il fut arrivé là, il sonna du cor dans les montagnes d’Ephraïm. Les Israélites descendirent des collines et il se mit à leur tête.

28 Suivez-moi, leur dit-il, car l’Eternel vous donne la victoire sur vos ennemis les Moabites. Ils le suivirent donc et ils occupèrent les gués du Jourdain pour couper le passage aux Moabites, ne laissant personne traverser la rivière.

29 Ils tuèrent ce jour-là environ dix mille hommes de Moab, tous robustes et aguerris et ils ne laissèrent aucun rescapé.

30 Moab fut affaibli à partir de là par les Israélites et la région connut la paix pendant quatre-vingts ans.

31 Après Ehoud, vint Shamgar, fils d’Anath. Il tua six cents Philistins avec un aiguillon à bœufs. Lui aussi fut un libérateur d’Israël.

Note · Juges 3.24–31

Le récit de délivrance emploie aussi l’ironie contre l’oppresseur

Les serviteurs tardent à entrer parce qu’ils interprètent mal le silence du roi. La fuite d’Éhoud conduit ensuite à la mobilisation et au contrôle des gués. Shamgar est nommé sans un développement comparable. La diversité des récits empêche de construire un portrait uniforme du juge, comme s’il possédait partout les mêmes origines et les mêmes fonctions.