1 Jonas le prit très mal et se mit en colère.

2 Il adressa cette prière à l’Eternel : Ah, Eternel ! Je l’avais bien dit quand j’étais encore dans mon pays. Et c’est pour prévenir cela que je me suis enfui à Tarsis. Car je savais que tu es un Dieu plein de grâce et de compassion, lent à te mettre en colère et riche en amour, et que tu renonces volontiers à faire venir le malheur que tu as annoncé.

3 Maintenant, Eternel, prends-moi donc la vie, car la mort vaut mieux pour moi que la vie.

Note · Jonas 4.1–3

Quand la bonté de Dieu devient un motif de colère

Jonas explique qu’il avait anticipé une issue favorable pour Ninive. Sa connaissance du caractère de Dieu n’est pas absente ; c’est précisément ce qu’il sait de sa bonté qu’il supporte mal dans cette situation.

Son désir de mourir exprime l’intensité de la crise racontée. Ce passage n’érige pas ce désir en idéal spirituel. Dieu poursuit le dialogue avec lui et interroge sa colère plutôt que de faire de sa demande le dernier mot de leur relation.

La proximité avec Exode 34.6 aide à mesurer le paradoxe : les qualités de Dieu qui peuvent nourrir la reconnaissance deviennent ici le contenu d’une plainte. Le problème concerne l’accueil de cette bonté lorsqu’elle profite à d’autres.

4 L’Eternel lui répondit : Fais-tu bien de te mettre en colère ?

5 Jonas sortit de la ville et s’installa à l’est de la ville. Il se construisit là une cabane et s’assit dessous, à l’ombre, en attendant de voir ce qui se passerait dans la ville.

Note · Jonas 4.4–5

Une question plutôt qu’une approbation

Dieu demande à Jonas d’examiner la légitimité de sa colère. L’émotion est entendue, mais son existence ne suffit pas à justifier le jugement qu’elle porte.

Jonas attend ensuite hors de la ville pour observer ce qui va arriver. Le narrateur ne décrit pas précisément ce qu’il espère encore. La scène maintient l’écart entre le pardon accordé et la difficulté du prophète à en accepter les conséquences.

6 L’Eternel Dieu fit pousser un ricin qui s’éleva plus haut que Jonas et lui donna de l’ombre sur la tête, afin de le détourner de sa mauvaise humeur. Et Jonas éprouva une grande joie à cause de ce ricin.

7 Mais le lendemain, au lever du jour, Dieu fit venir un ver qui rongea le ricin, de sorte que le ricin se dessécha.

8 Et lorsque le soleil se mit à briller, Dieu fit venir de l’est un vent brûlant, et le soleil tapa sur la tête de Jonas. Sur le point de tomber en défaillance, Jonas demanda la mort en disant : La mort vaut mieux pour moi que la vie.

Note · Jonas 4.6–8

Une joie fragile

La plante apporte à Jonas un soulagement dont il se réjouit vivement. Puis sa disparition et la chaleur rendent de nouveau sa situation pénible. Le contraste prépare la comparaison finale entre son attachement à cet abri et l’attention de Dieu aux habitants de Ninive.

Le détail de l’espèce végétale n’est pas nécessaire à cette comparaison. Ce qui compte dans le récit est l’ombre reçue, la joie qu’elle suscite et la détresse de sa perte.

Les interventions de Dieu appartiennent à cette scène particulière. Elles n’autorisent pas à présenter chaque privation quotidienne comme une leçon dont nous connaîtrions avec certitude l’intention divine.

9 Dieu demanda à Jonas : Fais-tu bien de te mettre en colère à cause de ce ricin ? Il répondit : Oui, je fais bien de me mettre en colère au point de désirer la mort.

10 Alors l’Eternel lui dit : Tu t’apitoies sur ce ricin qui ne t’a coûté aucune peine, que tu n’as pas fait pousser, et qui est sorti de terre en l’espace d’une nuit et a péri la nuit suivante.

11 Et tu voudrais que moi, je n’aie pas pitié de Ninive, de cette grande ville où vivent plus de cent vingt mille personnes qui ne savent pas distinguer le bien du mal, sans compter des animaux en grand nombre !

Note · Jonas 4.9–11

Une question laissée au lecteur

Jonas défend sa colère. Dieu reprend alors son attachement à la plante pour élargir la discussion : comment comprendre qu’il soit si affecté par sa disparition, tout en contestant que Dieu épargne une population entière ?

La mention des personnes incapables de distinguer leur droite de leur gauche reçoit plusieurs interprétations, notamment celle de jeunes enfants ou celle d’une population manquant de discernement. Le texte ne précise pas explicitement laquelle retenir. Il souligne au moins la vulnérabilité de vies que Jonas ne peut réduire à une cible de jugement.

La présence des animaux dans la dernière question étend encore l’attention portée à la ville. Le livre s’achève sans réponse de Jonas. Cette absence empêche une conclusion trop facile et invite chacun à examiner les limites qu’il met à la compassion.