1 Et Joseph commanda à son maître d’hôtel, en disant : Remplis de vivres les sacs de ces gens, autant qu’ils en pourront porter, et remets l’argent de chacun à l’ouverture de son sac.

2 Et mets ma coupe, la coupe d’argent à l’ouverture du sac du plus petit avec l’argent de son blé ; et il fit comme Joseph lui avait dit.

3 Le matin dès qu’il fut jour, on renvoya ces hommes avec leurs ânes.

4 Et lorsqu’ils furent sortis de la ville, avant qu’ils fussent fort loin, Joseph dit à son maître d’hôtel : Va, poursuis ces hommes, et quand tu les auras atteints, dis-leur : Pourquoi avez-vous rendu le mal pour le bien ?

5 N’est-ce pas la coupe dans laquelle mon Seigneur boit, et par laquelle très — assurément il devinera ? C’est mal fait à vous d’avoir fait cela.

6 Et il les atteignit, et leur dit ces mêmes paroles.

7 Et ils lui répondirent : Pourquoi mon Seigneur parle-t-il ainsi ? A Dieu ne plaise que tes serviteurs aient fait une telle chose !

8 Voici, nous t’avons rapporté du pays de Canaan l’argent que nous avions trouvé à l’ouverture de nos sacs, et comment déroberions-nous de l’argent ou de l’or de la maison de ton maître ?

9 Que celui de tes serviteurs à qui on trouvera la coupe, meure ; et nous serons aussi esclaves de mon Seigneur.

10 Et il leur dit : Qu’il soit fait maintenant selon vos paroles ; qu’il soit ainsi ; que celui à qui on trouvera la coupe me soit esclave, et vous serez innocents.

11 Et incontinent chacun posa son sac en terre ; et chacun ouvrit son sac.

12 Et il fouilla, en commençant depuis le plus grand, et finissant au plus petit ; et la coupe fut trouvée dans le sac de Benjamin.

13 Alors ils déchirèrent leurs vêtements, et chacun rechargea son âne, et ils retournèrent à la ville.

Note · Genèse 44.1–13

Une accusation que le lecteur sait fabriquée

Le récit montre l’ordre donné de cacher la coupe. La preuve matérielle ne signifie donc pas que Benjamin a volé. La référence à la divination appartient à la mise en scène de la maison égyptienne ; le texte ne recommande pas cette pratique au lecteur.

14 Et Juda vint avec ses frères en la maison de Joseph, qui était encore là, et ils se jetèrent devant lui en terre.

15 Et Joseph leur dit : Quelle action avez-vous faite ? Ne savez-vous pas qu’un homme tel que moi ne manque pas de deviner ?

16 Et Juda lui dit : Que dirons-nous à mon Seigneur ? Comment parlerons-nous ? et comment nous justifierons-nous ? Dieu a trouvé l’iniquité de tes serviteurs ; voici, nous sommes esclaves de mon Seigneur, tant nous, que celui dans la main auquel la coupe a été trouvée.

17 Mais il dit : A Dieu ne plaise que je fasse cela ! l’homme en la main duquel la coupe a été trouvée, me sera esclave ; mais vous, remontez en paix vers votre père.

Note · Genèse 44.14–17

La faute ancienne revient dans une situation nouvelle

Juda parle de culpabilité alors que le lecteur sait les frères innocents de ce vol. Le poids de leur passé éclaire sa réponse, mais ne rend pas vraie l’accusation présente. La possibilité de repartir sans Benjamin pose une question décisive sur leur solidarité.

18 Alors Juda s’approcha de lui, en disant : Hélas mon Seigneur ! je te prie, que ton serviteur dise un mot, et que mon Seigneur l’écoute, et que ta colère ne s’enflamme point contre ton serviteur ; car tu es comme Pharaon.

19 Mon Seigneur interrogea ses serviteurs, en disant : Avez-vous père, ou frère ?

20 Et nous répondîmes à mon Seigneur : Nous avons notre père qui est âgé, et un enfant qui lui est né en sa vieillesse, et qui est le plus petit d’entre nous ; son frère est mort, et celui-ci est resté seul de sa mère ; et son père l’aime.

21 Or tu as dit à tes serviteurs : Faites-le descendre vers moi, et je le verrai.

22 Et nous dîmes à mon Seigneur : Cet enfant ne peut laisser son père ; car s’il le laisse, son père mourra.

23 Alors tu dis à tes serviteurs : Si votre petit frère ne descend avec vous, vous ne verrez plus ma face.

24 Or il est arrivé qu’étant de retour vers ton serviteur mon père, nous lui rapportâmes les paroles de mon Seigneur.

25 Depuis, notre père nous dit : Retournez, et nous achetez un peu de vivres.

26 Et nous lui dîmes : Nous ne pouvons y descendre ; mais si notre petit frère est avec nous, nous y descendrons, car nous ne saurions voir la face de cet homme, si notre jeune frère n’est avec nous.

27 Et ton serviteur mon père nous répondit : Vous savez que ma femme m’a enfanté deux fils,

28 Dont l’un s’en est allé d’avec moi, et j’ai dit : Certainement il a été déchiré ; et je ne l’ai point vu depuis.

29 Et si vous emmenez aussi celui-ci et que quelque accident mortel lui arrive, vous ferez descendre mes cheveux blancs avec douleur au sépulcre.

Note · Genèse 44.18–29

Faire entendre la vie du père

Juda raconte la place de Benjamin dans l’histoire de Jacob et la douleur de la perte antérieure. Sa parole donne un visage aux conséquences d’une décision judiciaire. Il ne dispose pas de l’identité de son interlocuteur ; le lecteur, lui, comprend pourquoi ce récit atteint Joseph si profondément.

30 Maintenant donc quand je serai venu vers ton serviteur mon père, si l’enfant, dont l’âme est liée étroitement avec la sienne, n’est point avec nous,

31 Il arrivera qu’aussitôt qu’il aura vu que l’enfant ne sera point avec nous, il mourra ; ainsi tes serviteurs feront descendre avec douleur les cheveux blancs de ton serviteur notre père au sépulcre.

32 De plus, ton serviteur a répondu de l’enfant pour l’emmener d’auprès de mon père, en disant : Si je ne te le ramène, je serai toute ma vie sujet à la peine envers mon père.

33 Ainsi maintenant, je te prie, que ton serviteur soit esclave de mon Seigneur au lieu de l’enfant, et qu’il remonte avec ses frères.

34 Car comment remonterai-je vers mon père, si l’enfant n’est avec moi ? Que je ne voie point l’affliction qu’en aurait mon père !

Note · Genèse 44.30–34

Répondre d’un frère en se proposant à sa place

Juda accepte le coût qu’il voudrait éviter à Benjamin et au père. Ce geste contraste avec sa proposition de vendre Joseph en Genèse 37. Une lecture chrétienne peut reconnaître un motif de substitution, mais doit d’abord entendre la transformation concrète de ce frère dans son histoire familiale.