1 Puis l’Eternel lui apparut dans les plaines de Mamré, comme il était assis à la porte de sa tente, pendant la chaleur du jour.

2 Car levant ses yeux, il regarda : et voici, trois hommes parurent devant lui, et les ayant aperçus, il courut au-devant d’eux de la porte de sa tente, et se prosterna en terre ;

3 Et il dit : Mon Seigneur, je te prie, si j’ai trouvé grâce devant tes yeux, ne passe point outre, je te prie, et arrête-toi chez ton serviteur.

4 Qu’on prenne, je vous prie, un peu d’eau, et lavez vos pieds, et reposez-vous sous un arbre ;

5 Et j’apporterai une bouchée de pain pour fortifier votre coeur, après quoi vous passerez outre ; car c’est pour cela que vous êtes venus vers votre serviteur. Et ils dirent : Fais ce que tu as dit.

6 Abraham donc s’en alla en hâte dans la tente vers Sara, et lui dit : Hâte-toi, prends trois mesures de fleur de farine, pétris-les, et fais des gâteaux.

7 Puis Abraham courut au troupeau, et prit un veau tendre et bon, lequel il donna à un serviteur, qui se hâta de l’apprêter.

8 Ensuite il prit du beurre et du lait, et le veau qu’on avait apprêté, et le mit devant eux ; et il se tint auprès d’eux sous l’arbre, et ils mangèrent.

Note · Genèse 18.1–8

Une présence accueillie par des gestes ordinaires

Le récit présente l’apparition du Seigneur et met en scène trois visiteurs. Les lectures chrétiennes ont parfois associé cette scène à la Trinité, mais le passage ne formule pas lui-même la doctrine trinitaire. L’hospitalité y prend la forme de nourriture, d’eau, d’attention et de temps donné.

9 Et ils lui dirent : Où est Sara ta femme ? Et il répondit : La voilà dans la tente.

10 Et l’un d’entr’eux dit : Je ne manquerai pas de retourner vers toi en ce même temps où nous sommes, et voici, Sara ta femme aura un fils. Et Sara l’écoutait à la porte de la tente qui était derrière lui.

11 Or Abraham et Sara étaient vieux, fort avancés en âge ; et Sara n’avait plus ce que les femmes ont accoutumé d’avoir.

12 Et Sara rit en soi-même, et dit : Etant vieille, et mon Seigneur étant fort âgé, aurai-je cette satisfaction ?

13 Et l’Eternel dit à Abraham : Pourquoi Sara a-t-elle ri, en disant : Serait-il vrai que j’aurais un enfant, étant vieille comme je suis ?

14 Y a-t-il quelque chose qui soit difficile à l’Eternel ? Je retournerai vers toi en cette saison, en ce même temps où nous sommes, et Sara aura un fils.

15 Et Sara le nia, en disant : Je n’ai point ri ; car elle eut peur. Mais il dit : Cela n’est pas ; car tu as ri.

Note · Genèse 18.9–15

Le rire devant une naissance impossible

Sara entend une promesse qui contredit son expérience de la vieillesse. Son rire et sa peur sont rapportés sans que le récit l’exclue pour autant de la promesse. L’intervention divine ne signifie pas que toute personne sans enfant aurait à attendre la même issue ou à se reprocher un défaut de foi.

16 Et ces hommes se levèrent de là, et regardèrent vers Sodome ; et Abraham marchait avec eux pour les conduire.

17 Et l’Eternel dit : Cacherai-je à Abraham ce que je m’en vais faire ?

18 Puis qu’Abraham doit certainement devenir une nation grande et puissante, et que toutes les nations de la terre seront bénies en lui ?

19 Car je le connais, et je sais qu’il commandera à ses enfants, et à sa maison après lui, de garder la voie de l’Eternel, pour faire ce qui est juste, et droit ; afin que l’Eternel fasse venir sur Abraham tout ce qu’il lui a dit.

20 Et l’Eternel dit : Parce que le cri de Sodome et de Gomorrhe est augmenté, et que leur péché est fort aggravé ;

21 Je descendrai maintenant, et je verrai s’ils ont fait entièrement selon le cri qui est venu jusqu’à moi ; et si cela n’est pas, je le saurai.

Note · Genèse 18.16–21

Justice et responsabilité

La vocation d’Abraham est reliée à la pratique de la justice dans sa maison. L’annonce d’un examen de la situation de Sodome présente le jugement comme attentif à la réalité du mal. Elle ne décrit pas une décision arbitraire prise sans considération pour les personnes concernées.

22 Ces hommes donc partant de là allaient vers Sodome ; mais Abraham se tint encore devant l’Eternel.

23 Et Abraham s’approcha, et dit : Feras-tu périr le juste même avec le méchant ?

24 Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville, les feras-tu périr aussi ? Ne pardonneras-tu point à la ville, à cause des cinquante justes qui y seront ?

25 Non il n’arrivera pas que tu fasses une telle chose, que tu fasses mourir le juste avec le méchant, et que le juste soit traité comme le méchant ! Non tu ne le feras point. Celui qui juge toute la terre ne fera-t-il point justice ?

26 Et l’Eternel dit : Si je trouve en Sodome cinquante justes dans la ville, je pardonnerai à tout le lieu pour l’amour d’eux.

27 Et Abraham répondit, en disant : Voici, j’ai pris maintenant la hardiesse de parler au Seigneur, quoique je ne sois que poudre et que cendre.

28 Peut-être en manquera-t-il cinq des cinquante justes ; détruiras-tu toute la ville pour ces cinq-là ? Et il lui répondit : Je ne la détruirai point, si j’y en trouve quarante-cinq.

29 Et Abraham continua de lui parler, en disant : Peut-être s’y en trouvera-t — il quarante ? Et il dit : Je ne la détruirai point pour l’amour des quarante.

30 Et Abraham dit : Je prie le Seigneur de ne s’irriter pas si je parle encore ; peut-être s’en trouvera-t-il trente ? Et il dit : Je ne la détruirai point, si j’y en trouve trente.

31 Et Abraham dit : Voici maintenant, j’ai pris la hardiesse de parler au Seigneur : peut-être s’en trouvera-t-il vingt ? Et il dit : Je ne la détruirai point pour l’amour des vingt.

32 Et Abraham dit : Je prie le Seigneur de ne s’irriter pas, je parlerai encore une seule fois ; peut-être s’y en trouvera-t-il dix. Et il dit : Je ne la détruirai point pour l’amour des dix.

33 Et l’Eternel s’en alla quand il eut achevé de parler avec Abraham ; et Abraham s’en retourna en son lieu.

Note · Genèse 18.22–33

Intercéder sans confondre les personnes

Abraham insiste sur la distinction entre justes et coupables. La diminution progressive des nombres donne au dialogue son intensité. Le récit n’enseigne pas une technique de marchandage permettant d’obtenir n’importe quelle décision ; il donne une place à la supplication et à la question de la justice devant Dieu.