1 Et Boaz monta à la porte, et s’assit là. Et voici, celui qui avait le droit de rachat, et dont Boaz avait parlé, vint à passer ; et il dit : Toi, un tel, détourne-toi, assieds-toi ici. Et il se détourna et s’assit.

2 Et Boaz prit dix hommes des anciens de la ville, et dit : Asseyez-vous ici. Et ils s’assirent.

3 Et il dit à celui qui avait le droit de rachat : Naomi, qui est revenue des champs de Moab, vend la pièce de terre qui était à notre frère Élimélec.

4 Et moi, je me suis dit : Je t’en informerai, et je te dirai : Achète-la en la présence des habitants et en la présence des anciens de mon peuple. Si tu veux racheter, rachète ; et si tu ne veux pas racheter, déclare-le moi, afin que je le sache ; car il n’y a personne que toi pour racheter, et moi je suis après toi. Et il dit : Je rachèterai.

5 Et Boaz dit : Au jour que tu achèteras le champ de la main de Naomi, tu l’achèteras aussi de Ruth, la Moabite, femme du défunt, pour relever le nom du défunt sur son héritage.

6 Et celui qui avait le droit de rachat dit : Je ne puis pas le racheter pour moi, de peur que je ne ruine mon héritage ; use, toi, de mon droit de rachat, car je ne puis racheter.

Note · Ruth 4.1–6

La décision se prend avec des témoins et des conséquences matérielles

Le parent accepte d’abord le rachat, puis refuse lorsqu’est liée à l’affaire la continuité du nom du défunt par Ruth. Il invoque son propre héritage. Le récit ne donne pas assez de détails pour calculer tout son risque patrimonial ou lui attribuer avec certitude un mépris ethnique. La procédure de ce livre ne doit pas être confondue avec un code complet du droit foncier israélite.

7 Or c’était jadis une coutume en Israël, en cas de rachat et d’échange, que, pour confirmer toute affaire, l’un ôtait sa sandale et la donnait à l’autre ; c’était là une coutume en Israël.

8 Et celui qui avait le droit de rachat dit à Boaz : Achète pour toi ; et il ôta sa sandale.

9 Et Boaz dit aux anciens et à tout le peuple : Vous êtes aujourd’hui témoins que j’ai acheté de la main de Naomi tout ce qui était à Élimélec, et tout ce qui était à Kilion et à Makhlon ;

10 et aussi que je me suis acquis pour femme Ruth, la Moabite, la femme de Makhlon, pour relever le nom du défunt sur son héritage, afin que le nom du défunt ne soit pas retranché d’entre ses frères et de la porte de son lieu : vous en êtes témoins aujourd’hui !

11 Et tout le peuple qui était à la porte, et les anciens, dirent : Nous en sommes témoins. Fasse l’Éternel que la femme qui entre dans ta maison soit comme Rachel, et comme Léa, qui toutes deux ont bâti la maison d’Israël ! Et deviens puissant dans Éphrata, et fais-toi un nom dans Bethléhem !

12 Et que, de la postérité que l’Éternel te donnera de cette jeune femme, ta maison soit comme la maison de Pérets, que Tamar enfanta à Juda !

Note · Ruth 4.7–12

Un geste de transmission ne doit pas être confondu avec tous les rites de la sandale

Le narrateur explique une ancienne coutume de validation : un homme remet sa sandale. Ruth ne vient pas retirer celle du parent en lui crachant devant le visage, comme dans le cas de refus du lévirat décrit en Deutéronome 25. Les témoins bénissent ensuite la Moabite en la rapprochant de Rachel et de Léa. Son origine n’est pas effacée pour qu’une place lui soit reconnue dans l’histoire d’Israël.

13 Et Boaz prit Ruth, et elle fut sa femme ; et il vint vers elle ; et l’Éternel lui donna de concevoir, et elle enfanta un fils.

14 Et les femmes dirent à Naomi : Béni soit l’Éternel, qui ne t’a pas laissé manquer aujourd’hui d’un homme qui ait le droit de rachat ! et que son nom soit nommé en Israël.

15 Et il sera pour toi un restaurateur de ton âme, et un soutien de ta vieillesse ! Car ta belle-fille qui t’aime, l’a enfanté, elle qui vaut mieux pour toi que sept fils.

16 Et Naomi prit l’enfant, et le mit dans son sein, et elle lui tint lieu de nourrice.

17 Et les voisines lui donnèrent un nom, disant : Un fils est né à Naomi ! Et elles l’appelèrent du nom d’Obed. Ce fut le père d’Isaï, père de David.

Note · Ruth 4.13–17

La joie fait place au soin et reconnaît l’amour déjà donné

Le mariage et la conception sont racontés brièvement ; les femmes s’adressent ensuite à Naomi et reconnaissent combien Ruth l’aime. Dire qu’un fils lui est né souligne cette restauration familiale, sans effacer Ruth comme mère. Naomi prend soin de l’enfant, tandis que l’entourage le nomme. L’avenir reçu appartient ainsi à plusieurs relations, pas à la seule réussite d’un couple.

18 Et ce sont ici les générations de Pérets : Pérets engendra Hetsron ;

19 et Hetsron engendra Ram ;

20 et Ram engendra Amminadab ; et Amminadab engendra Nakhshon ;

21 et Nakhshon engendra Salma ; et Salmon engendra Boaz et Boaz engendra Obed ;

22 et Obed engendra Isaï ; et Isaï engendra David.

Note · Ruth 4.18–22

La généalogie élargit l’horizon sans réduire Ruth à un moyen

La lignée de Pérets à David relie famine, migration et entraide à l’histoire royale. Le récit nous a pourtant fait connaître Ruth bien avant son rôle d’ancêtre : son travail et sa fidélité valent aussi pour les personnes qu’elle accompagne. Matthieu 1.5 reprendra son nom dans la généalogie de Jésus. Cette réception chrétienne ouvre un autre horizon sans retirer au livre sa propre fin tournée vers David.