1 Et les hommes d’Éphraïm lui dirent : Que nous as-tu fait, de ne pas nous avoir appelés lorsque tu es allé faire la guerre contre Madian ? Et ils contestèrent fortement avec lui.

2 Et il leur dit : Qu’ai-je fait maintenant en comparaison de vous ? Les grappillages d’Éphraïm ne sont-ils pas meilleurs que la vendange d’Abiézer ?

3 Dieu a livré en votre main les princes de Madian, Oreb et Zeëb ; et qu’ai-je pu faire en comparaison de vous ? Alors leur esprit s’apaisa envers lui, quand il leur eut dit cette parole.

Note · Juges 8.1–3

Une parole qui reconnaît les autres peut interrompre la querelle

Gédéon valorise la contribution d’Éphraïm et désamorce son ressentiment. Il ne répond pas à la revendication d’honneur par une surenchère. Cette scène donne un point de comparaison pour les conflits suivants, notamment Juges 12, où une querelle comparable ne trouvera pas ce dénouement pacifié.

4 Et Gédéon vint au Jourdain, et le passa, lui et les trois cents hommes qui étaient avec lui, fatigués, mais poursuivant toujours.

5 Et il dit aux hommes de Succoth : Donnez, je vous prie, des pains au peuple qui me suit, car ils sont fatigués ; et je poursuis Zébakh et Tsalmunna, rois de Madian.

6 Et les principaux de Succoth dirent : La paume de Zébakh et celle de Tsalmunna sont-elles déjà en ta main, que nous donnions du pain à ton armée ?

7 Et Gédéon dit : A cause de cela, dès que l’Éternel aura livré Zébakh et Tsalmunna en ma main, je broierai votre chair avec des épines du désert et avec des chardons.

8 Et de là il monta à Penuel, et leur parla de la même manière. Et les hommes de Penuel lui répondirent comme les hommes de Succoth avaient répondu.

9 Et il parla de même aux hommes de Penuel, en disant : Quand je reviendrai en paix, je démolirai cette tour.

10 Et Zébakh et Tsalmunna étaient à Karkor, et leurs camps avec eux, environ quinze mille hommes, tous ceux qui restaient de tout le camp des fils de l’orient ; car il en était tombé cent vingt mille hommes tirant l’épée.

11 Et Gédéon monta par le chemin de ceux qui habitent dans les tentes, à l’orient, de Nobakh et de Jogbeha, et il frappa le camp ; et le camp était en sécurité.

12 Et Zébakh et Tsalmunna s’enfuirent, et il les poursuivit, et prit les deux rois de Madian, Zébakh et Tsalmunna, et mit tout leur camp en déroute.

13 Et Gédéon, fils de Joas, revint de la bataille, de la montée de Hérès.

14 Et il saisit un jeune garçon d’entre les hommes de Succoth, et l’interrogea ; et le garçon lui mit par écrit les principaux de Succoth et ses anciens, soixante-dix-sept hommes.

15 Et il vint vers les hommes de Succoth, et dit : Voici Zébakh et Tsalmunna, au sujet desquels vous m’avez insulté, disant : La paume de Zébakh et celle de Tsalmunna sont-elles déjà en ta main, que nous donnions du pain à tes hommes fatigués ?

16 Et il prit les anciens de la ville, et des épines du désert et des chardons, et enseigna par eux les hommes de Succoth.

17 Et il démolit la tour de Penuel, et tua les hommes de la ville.

Note · Juges 8.4–17

Le besoin de soutien se transforme en représailles

Succoth et Penouel refusent d’aider une troupe dont elles doutent de la victoire. Gédéon revient les punir, jusqu’à tuer les hommes de Penouel. Leur refus est raconté, mais le texte ne transmet pas un ordre divin lui demandant ces représailles. Le rôle de libérateur ne rend pas automatiquement juste tout usage ultérieur de sa force.

18 Et il dit à Zébakh et à Tsalmunna : Comment étaient les hommes que vous avez tués à Thabor ? Et ils dirent : Comme toi, tels ils étaient ; chacun d’eux comme la figure d’un fils de roi.

19 Et il dit : C’étaient mes frères, fils de ma mère. L’Éternel est vivant, si vous les eussiez laissés vivre, je ne vous tuerais pas !

20 Et il dit à Jéther, son premier-né : Lève-toi, tue-les. Mais le jeune garçon ne tirait pas son épée, parce qu’il avait peur, car il était encore un jeune garçon.

21 Et Zébakh et Tsalmunna dirent : Lève-toi, toi-même, et jette-toi sur nous ; car tel qu’est l’homme, telle est sa force. Et Gédéon se leva et tua Zébakh et Tsalmunna, et prit les petites lunes qui étaient aux cous de leurs chameaux.

Note · Juges 8.18–21

La vengeance personnelle entre dans le récit de guerre

Gédéon identifie parmi les victimes des rois ses propres frères. Il demande à son jeune fils de les exécuter, mais celui-ci a peur. Ce détail ne doit pas devenir un reproche d’insuffisante virilité : le récit précise qu’il est encore un enfant. L’honneur guerrier des adultes ne donne pas un droit d’impliquer un enfant dans une mise à mort.

22 Et les hommes d’Israël dirent à Gédéon : Domine sur nous, et toi et ton fils, et le fils de ton fils ; car tu nous as sauvés de la main de Madian.

23 Et Gédéon leur dit : Je ne dominerai point sur vous, et mon fils ne dominera point sur vous ; l’Éternel dominera sur vous.

24 Et Gédéon leur dit : Je vous ferai une demande : Donnez-moi chacun de vous les anneaux de son butin. Car les Madianites avaient des anneaux d’or, parce qu’ils étaient Ismaélites.

25 Et ils dirent : Nous les donnerons volontiers. Et ils étendirent un manteau, et y jetèrent chacun les anneaux de son butin.

26 Et le poids des anneaux d’or qu’il avait demandés fut de sept cents sicles d’or, sans les petites lunes, et les pendants d’oreille, et les vêtements de pourpre dont étaient couverts les rois de Madian, et sans les colliers qui étaient aux cous de leurs chameaux.

27 Et Gédéon en fit un éphod, et le mit dans sa ville, dans Ophra ; et tout Israël se prostitua là après celui-ci ; et cela devint un piège pour Gédéon et pour sa maison.

28 Et Madian fut humilié devant les fils d’Israël ; et il ne leva plus sa tête. Et le pays fut en repos quarante ans, aux jours de Gédéon.

Note · Juges 8.22–28

Le refus du titre ne suffit pas à empêcher une emprise religieuse

Gédéon attribue la royauté à Dieu, puis recueille de l’or pour un éphod placé dans sa ville. Sa forme exacte n’est pas décrite avec assez de précision pour être reconstruite sûrement. L’effet cultuel, lui, est jugé sans ambiguïté par le narrateur : l’objet devient un piège pour le peuple et pour la maison du libérateur.

29 Et Jerubbaal, fils de Joas, s’en alla, et habita dans sa maison.

30 Et Gédéon eut soixante-dix fils, issus de ses reins, car il eut beaucoup de femmes.

31 Et sa concubine qui était à Sichem, elle aussi, lui enfanta un fils ; et il lui donna le nom d’Abimélec.

32 Et Gédéon, fils de Joas, mourut dans une bonne vieillesse, et fut enterré dans le sépulcre de Joas, son père, à Ophra des Abiézerites.

33 Et quand Gédéon fut mort, il arriva que les fils d’Israël retournèrent et se prostituèrent après les Baals, et ils s’établirent Baal-Berith pour dieu.

34 Et les fils d’Israël ne se souvinrent pas de l’Éternel, leur Dieu, qui les avait délivrés de la main de tous leurs ennemis tout à l’entour ;

35 et ils n’usèrent pas de bonté envers la maison de Jerubbaal, qui est Gédéon, selon tout le bien qu’il avait fait à Israël.

Note · Juges 8.29–35

La fin heureuse d’un homme ne garantit pas l’avenir de sa maison

Les nombreux fils et la mention d’Abimélec préparent le récit suivant. Après la mort de Gédéon, l’oubli touche Dieu et la reconnaissance envers sa famille. Le livre reconnaît le bien accompli sans retirer sa critique précédente de l’éphod : une vie peut être racontée avec ses services et ses égarements.