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Une foi surprenante

Jean-Philippe BruFoi

Rosaria Champagne Butterfield était une candidate improbable au salut. Professeure d’université aux idées très à gauche et lesbienne, voici ce qu’elle disait de Jésus et des chrétiens :

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Le mot Jésus restait coincé dans ma gorge comme une défense d’éléphant. Impossible de le faire sortir. Ceux qui professaient le nom de Jésus m’inspiraient de la pitié et de la colère. En tant que professeure d’université, j’en avais assez des étudiants qui semblaient croire que « connaître Jésus » les dispensait d’aller plus loin dans leurs réflexions. Les chrétiens étaient de mauvais interlocuteurs, saisissant sans cesse l’occasion de glisser un verset biblique dans la discussion, non pour approfondir, mais pour y mettre un terme. Stupides. Inutiles. Dangereux. C’est ce que je pensais des chrétiens et de leur Dieu, Jésus, qui dans les tableaux le représentant semblait aussi puissant qu’un acteur dans une publicité pour shampoing des années 60.

Elle écrivit un article contre la Droite religieuse qui suscita tant de réactions qu’elle créa deux dossiers : un pour les messages de haine et un pour les messages d’approbation.

Le récit de l’exploration de Jéricho au chapitre 2 du livre de Josué nous parle d’une autre candidate improbable au salut qui est pourtant devenue un trophée de la grâce de Dieu. Il s’agit de Rahab.

1. Une candidate improbable au salut

Le CV de Rahab ne plaide pas vraiment sa faveur :

Elle est cananéenne

Elle fait donc partie de ces sept peuples que Dieu a décidé de juger parce que « leur déchéance morale a atteint son comble » (Gn 15.16). En effet Dieu n’a pas choisi le pays de Canaan de manière arbitraire pour le donner à son peuple, mais il a attendu, comme pour Sodome et Gomorrhe, que leurs crimes soient devenus insupportables. C’est un peu ce qui s’est passé avec Daesh : ils ont commis de telles atrocités que la communauté internationale se devait d’y mettre un terme.

Rahab pratique une religion idolâtre

Elle adore Baal, le roi des dieux, dont le culte s’accompagne souvent de prostitution sacrée.

Rahab est une prostituée

Et non une simple aubergiste, comme le proposent certains commentateurs juifs, sans doute gênés par l’idée qu’une prostituée puisse figurer dans la généalogie du roi David ! Le fait que Rahab ait un père, une mère, des frères et des sœurs, mais pas d’enfants, indique peut-être qu’elle était une prostituée sacrée, car il fallait être stérile pour assumer cette fonction.

Malgré tous ses handicaps, Rahab manifeste une foi surprenante qui lui permet d’échapper au jugement de Dieu.

2. Une foi surprenante

Je sais, dit-elle, que le Seigneur vous a donné le pays. [...] Le SEIGNEUR (YHWH), votre Dieu, est Dieu dans le ciel, en haut, et sur la terre, en bas.

Une foi rationnelle

La foi de Rahab est fondée sur des faits dont tous les habitants de la ville ont connaissance :

Nous avons appris que le SEIGNEUR a mis à sec devant vous les eaux de la mer des Joncs lorsque vous êtes sortis d’Égypte, et comment vous avez traité les deux rois amorites qui étaient en Transjordanie, Sihôn et Og, que vous avez frappés d’anathème. Nous l’avons appris, et notre cœur a fondu ; à tous le souffle manque devant vous.

Une foi qui interpelle

La foi de Rahab tranche avec l’endurcissement de ses compatriotes, qui cherchent à mettre la main sur les espions israélites. Le même message ne produit pas les mêmes effets sur tous les auditeurs : Paul déclare que le parfum du Christ est « pour les uns, une odeur de mort, qui mène à la mort ; pour les autres, une odeur de vie, qui mène à la vie » (2Co 214-16). La foi enthousiaste des nouveaux convertis est toujours un encouragement pour ceux qui ont perdu le goût de l’évangile.

Une foi agissante

Rahab prend un énorme risque en cachant les espions sur son toit et en mentant aux soldats du roi. Nul doute que tout son clan aurait été exécuté si sa trahison avait été découverte. Jacques y voit un exemple de foi vivante, qui se manifeste par des actions concrètes :

Rahab la prostituée ne fut-elle pas également justifiée en vertu des œuvres, pour avoir accueilli les messagers et les avoir renvoyés par un autre chemin ? (Jacques 2:25 NBS)

Une foi contagieuse

La foi de Rahab est tellement contagieuse que les espions reprennent ses paroles pour exprimer leur foi :

À coup sûr, le SEIGNEUR nous a livré tout le pays : tous les habitants du pays défaillent devant nous ! (v. 24 ; cf. v. 9)

C’est cette foi contagieuse qui lui donne accès à un salut d’une portée inattendue.

3. Un salut d’une portée inattendue

Les espions font le serment de sauver de la mort, non seulement Rahab, mais toute sa famille. Il faudra simplement qu’ils attachent un cordon écarlate à la fenêtre de leur maison, construite dans le rempart même de la ville. Rahab a donc été épargnée, non seulement par Josué, mais par Dieu lui-même, qui a fait en sorte que cette partie du rempart ne s’écroule pas ! Non seulement Rahab est-elle entrée dans le royaume de Dieu, mais elle figure dans la généalogie du roi David et du Seigneur Jésus-Christ. Celle qui appartenait à la descendance du Serpent est devenue l’ancêtre de celui qui allait lui écraser la tête ! Deux auteurs du Nouveau Testament la citent en exemple de foi agissante et justifiante.

Jésus lui-même se montrera l’ami des prostituées et leur ouvrira les portes du royaume de Dieu. Il déclare aux chefs religieux incrédules que les prostituées les devanceront le royaume de Dieu (Mt 21.31b), parce qu’elles ont éprouvé des regrets à l’écoute de la prédication de Jean-Baptiste.

Conclusion

Rosaria Champagne Butterfield, candidate improbable au salut, est également devenue un trophée de la grâce de Dieu. Alors que beaucoup de chrétiens lui envoyaient des messages de haine, un pasteur lui a envoyé un message aimable et l’a invitée à dîner. Au lieu de la menacer, il s’est réellement intéressé à son univers et a exprimé son approbation pour certaines de ses idées et actions. Mais il a également attiré son attention sur certaines incohérences de sa vision du monde. Touchée par l’humilité de cet homme, si différent des autres chrétiens qu’elle avait connus, elle s’est laissée remettre en question et a fini par devenir chrétienne. Elle est aujourd’hui mariée avec un pasteur !

Et nous, comment nous comportons-nous à l’égard de ceux qui nous paraissent les plus éloignés du salut ? Les traitons-nous avec mépris ou avec bienveillance ? Prenons-nous le temps de les écouter et d’entrer dans leur univers ou les fuyons-nous comme la peste ?

Le récit de la conversion de Rahab, la prostituée, nous invite à n’exclure personne de la possibilité du salut et à prier avec persévérance pour tous les hommes, y compris les plus hostiles à l’Évangile.

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