Chez un pharisien nommé Simon, une femme pleure aux pieds de Jésus et y verse du parfum. Une parabole sur deux dettes remises éclaire son amour et l’accueil qu’elle reçoit.
Simon a invité Jésus à sa table. Une femme, connue dans la ville pour sa conduite, entre avec un parfum. Elle se tient à ses pieds, pleure, les essuie avec ses cheveux et les couvre de baisers. Luc ne la nomme pas. Nous n’avons pas à lui attribuer l’identité de Marie de Magdala, ni à compléter son histoire avec ce que le récit ne dit pas.
L’hôte regarde la scène et porte intérieurement son verdict. Si Jésus était prophète, pense-t-il, il saurait qui le touche. À ses yeux, connaître cette femme devrait conduire à la tenir à distance. Il imagine une sainteté qui préserverait surtout la séparation entre sa table et une personne marquée par une mauvaise réputation.
Jésus lui raconte alors l’histoire de deux débiteurs. Les sommes diffèrent, mais aucun ne peut rembourser. Le créancier remet les deux dettes. La question porte sur l’amour qui suivra une telle remise. Simon comprend que celui qui reçoit davantage de pardon aimera davantage. La parabole l’invite à quitter un classement des personnes pour regarder ce que produit la grâce.
Jésus se tourne vers la femme et demande à Simon s’il la voit. Elle était déjà devant ses yeux, mais son jugement occupait tout l’espace. Jésus reprend les gestes d’accueil que l’hôte n’a pas offerts et l’attention que cette femme lui a donnée. Ses larmes et son parfum deviennent lisibles autrement : ils expriment un amour que la dette remise fait naître.
La parole sur ses nombreux péchés ne les efface pas comme s’ils n’avaient jamais existé. Elle annonce qu’ils sont pardonnés. Dans la logique de la parabole, l’amour ne paie pas la dette ; il répond à la remise. La femme n’achète donc pas son accueil en produisant une émotion suffisamment forte ou un geste assez coûteux.
Les invités s’interrogent sur l’autorité de Jésus. Lui s’adresse encore à la femme, reconnaît sa foi et la renvoie en paix. Elle ne repart pas seulement avec une réputation discutée devant des tiers. Elle reçoit une parole personnelle qui ouvre un avenir auprès de Dieu, au-delà de ce que l’assemblée croyait pouvoir décider pour elle.
Aujourd’hui, nous pouvons demander ce qui nous empêche de voir une personne autrement que par son passé. Nous pouvons aussi recevoir le pardon sans devoir reproduire les larmes de cette femme. La gratitude prend des formes différentes. Ce qui compte est de laisser la grâce du Christ nous rejoindre et rendre notre regard moins prompt à fermer la porte.