À Béthanie, une femme verse un parfum précieux sur la tête de Jésus. Certains dénoncent un gaspillage ; Jésus la défend et relie son geste à sa mort prochaine.

Le repas se tient dans la maison de Simon, appelé le lépreux. Une femme arrive avec un flacon d’albâtre contenant un parfum de grand prix. Elle en brise le col et verse le parfum sur la tête de Jésus. Marc ne la nomme pas. Nous devons lui laisser l’identité que ce récit lui donne, sans la confondre avec une autre femme des Évangiles.

Des convives s’indignent. Le parfum aurait pu être vendu pour une somme considérable, puis l’argent distribué aux pauvres. L’objection porte une préoccupation qui mérite d’être entendue : la pauvreté n’est pas un sujet secondaire. Pourtant, ici, elle devient aussi une raison d’accabler la femme. Son geste est jugé sans que sa personne trouve une place dans la discussion.

Jésus intervient pour qu’on la laisse tranquille. Il accueille ce qu’elle a fait comme une belle action envers lui. Sa réponse ne transforme pas toute dépense coûteuse en acte sacré. Elle désigne une rencontre singulière, à l’approche de sa mort. La présence de Jésus parmi eux ouvre un moment que le calcul des convives ne suffit pas à comprendre.

Il rappelle que les pauvres resteront auprès d’eux et qu’ils pourront leur faire du bien. Cette parole ne justifie pas l’indifférence : elle maintient leur responsabilité dans la durée. Le soin des pauvres n’est pas supprimé par l’accueil du parfum. Les deux ne doivent pas être dressés l’un contre l’autre pour empêcher cette femme d’approcher.

Jésus relie son action à la préparation de son corps pour l’ensevelissement. Le récit ne dit pas tout ce qu’elle a compris de l’avenir. Il nous montre ce que Jésus reçoit dans son geste : une attention offerte avant la séparation. Là où certains ne voient qu’une perte, il reconnaît une bonté accordée à celui qui va être livré.

Une telle scène nous aide à respecter des formes d’amour qui ne se résument pas à leur rendement. Rester auprès d’une personne, préparer un repas avec soin, dire une reconnaissance longtemps retenue peuvent demander du temps sans produire un résultat mesurable. Cela n’efface pas le souci d’un usage juste de nos ressources ; cela élargit ce que nous appelons utile.

Jésus annonce enfin que cette femme sera gardée en mémoire là où l’Évangile sera proclamé. Celui qui marche vers la mort protège le souvenir d’une personne qu’on voulait faire taire. Aujourd’hui, nous pouvons lui offrir une attention sincère et regarder avec plus de délicatesse la manière dont un autre lui exprime son amour.