À la sortie de Jéricho, Bartimée appelle Jésus malgré ceux qui le rabrouent. Jésus le fait venir, écoute sa demande et lui rend la vue ; Bartimée le suit alors sur le chemin.

Bartimée est assis au bord du chemin. Marc donne son nom et celui de son père. L’homme ne se réduit pas à son handicap ni à sa mendicité : il appartient à une histoire. Lorsque Jésus passe, il entend qui approche et appelle le Fils de David. Sa voix rejoint le mouvement dont il reste jusque-là au bord.

Beaucoup cherchent à le faire taire. Le texte ne précise pas leurs motifs. Peut-être sont-ils pressés, gênés ou convaincus que cette demande arrive mal. Nous n’avons pas besoin de leur inventer un mépris conscient pour reconnaître l’effet de leurs gestes : une personne qui demande secours rencontre une barrière de plus.

Bartimée insiste. Jésus s’arrête et demande qu’on l’appelle. Un changement traverse alors la foule. Des paroles d’encouragement remplacent les reproches : il peut se lever, Jésus l’appelle. Ceux qui entourent le Christ peuvent devenir un passage plutôt qu’un obstacle. Cette conversion très concrète de leur parole mérite notre attention.

L’homme laisse son manteau, se lève et vient. Jésus pourrait sembler connaître son besoin sans l’interroger. Il lui demande pourtant ce qu’il veut recevoir. Cette question lui rend sa place de sujet. Aider ne consiste pas à décider de loin de tout ce qui serait bon pour l’autre. La compassion prend aussi le temps d’écouter une demande formulée par la personne elle-même.

Bartimée demande à voir. Jésus reconnaît sa foi et lui annonce la guérison. L’homme retrouve aussitôt la vue, puis suit Jésus sur le chemin. Celui qui restait assis au bord entre dans le mouvement de la marche. Le récit ne s’arrête donc pas à une capacité retrouvée : une relation se poursuit derrière le Christ.

Nous ne pouvons pas faire de ce signe une garantie que toute demande recevra la même réponse visible. Nous pouvons néanmoins apprendre à prêter attention aux voix qu’une foule couvre. Dans une réunion, une famille ou une communauté, qui peine à être entendu ? Une place laissée, une question ouverte ou un rendez-vous donné peuvent rendre un passage possible.

Il arrive aussi que nous soyons ceux qui ont besoin d’appeler. Nous pouvons nommer un désir devant Jésus sans devoir le rendre plus spirituel qu’il n’est. Son accueil ne nous oblige pas à effacer nos besoins concrets. Et si nos forces ne permettent pas l’insistance de Bartimée, d’autres peuvent porter notre demande avec nous : la dignité d’une voix ne se mesure pas à son volume.