De quel amour s’agit-il, qui possède une force comme celle du vainqueur des monarques et du destructeur de la race humaine ? Serait-ce une moquerie que de l’appliquer à mon pauvre amour pour Jésus mon Seigneur, si faible et à peine en vie ? Je l’aime effectivement et il se peut que, par sa grâce, je sois prêt à mourir pour lui. Mais, en ce qui concerne mon amour lui-même, il parvient à peine à endurer la moquerie et encore moins à envisager une mort cruelle.
Sans nul doute, le texte parle ici de l’amour de mon Bien-Aimé, de l’amour de Jésus, l’amant suprême des âmes. Son amour était vraiment plus fort que la plus terrible des morts, car il triompha de l’épreuve de la croix. Sa mort fut lente mais son amour survécut aux tourments. Il mourut dans l’opprobre, mais son amour méprisa la honte. Ce fut une mort pénale, mais son amour porta nos iniquités.
Dans sa mort, il fut oublié et solitaire. Même le Père détourna sa face de lui, mais l’amour supporta la malédiction et se glorifia en tout. Le monde n’a jamais connu une telle mort ni un tel amour. Il s’agissait d’un duel désespéré, mais l’amour triompha. Et alors, mon cœur ? Aucune émotion ne s’éveille-t-elle en toi quand tu contemples une affection aussi céleste ? Oui, mon Seigneur, je désire ardemment, je languis de sentir ton amour brûler comme une fournaise en moi. Viens toi-même attiser l’ardeur de mon esprit.
« Vit-on jamais amour si grand s’unir à douleur plus extrême,
Et l’épine, au front d’un mourant, resplendir comme un diadème ?
Je voudrais t’apporter, Seigneur, tout l’univers, en humble offrande ;
Mais voici ma vie et mon cœur ; c’est ce qu’un tel amour demande ! »
(R. Saillens)
Pourquoi devrais-je désespérer de jamais aimer Jésus d’un amour fort comme la mort ? Il le mérite et je le désire. Les martyrs ressentirent un tel amour, eux qui n’étaient que des hommes comme moi. Alors, pourquoi pas moi ? Ils se lamentaient de leur faiblesse, mais ils furent pourtant rendus forts au sein même de cette faiblesse. La grâce leur donna toute la constance inflexible dont ils firent preuve. Cette même grâce s’offre à moi. Jésus, amant de mon âme, répands en moi ce soir un tel amour, oui, ton amour même !