Matthieu raconte les ténèbres, le cri et la mort de Jésus, puis les signes qui les accompagnent. Au pied de la croix, un officier romain et ceux qui gardent Jésus confessent sa qualité de Fils de Dieu.
Les ténèbres couvrent le pays. Matthieu ne raconte pas la mort de Jésus comme une fin ordinaire. Celui qui annonçait le Royaume est suspendu à une croix, exposé aux regards et à la violence. Rien dans la scène ne permet de transformer cette souffrance en image douce.
Jésus crie avec les mots du Psaume 22 : il demande à son Dieu pourquoi il l’a abandonné. Ce cri n’est pas une mise en scène destinée à rassurer les témoins. Il dit une détresse réelle. Celui qui a enseigné la confiance au Père entre jusque dans cette profondeur de la condition humaine.
Nous devons résister à l’envie d’expliquer trop vite ce qui se passe entre le Père et le Fils. Le récit nous donne d’abord une parole à écouter. Jésus ne s’adresse pas au vide : jusque dans son cri, il dit « mon Dieu ». La plainte et la relation se trouvent dans une même prière, sans que la douleur soit diminuée.
Certains témoins comprennent mal ce qu’il dit. D’autres attendent de voir si Élie viendra le délivrer. Au moment le plus grave, Jésus reste entouré d’incompréhension. Ceux qui ont traversé une peine sans parvenir à se faire entendre peuvent trouver ici un compagnon qui n’a pas été épargné par cette solitude.
Puis Jésus pousse de nouveau un grand cri et rend l’esprit. Le voile du sanctuaire se déchire, la terre tremble et les rochers se fendent. Matthieu associe ces signes à l’événement de la croix. Il évoque aussi les tombeaux ouverts et situe après la résurrection de Jésus l’entrée des saints dans la ville, où ils apparaissent à beaucoup de personnes. La mort du Christ annonce une vie qui déborde le tombeau.
L’officier et ceux qui gardent Jésus sont saisis de crainte. Ils reconnaissent en lui le Fils de Dieu. La confession surgit au pied de celui que les puissants ont condamné. La croix devient ainsi un lieu de révélation, là où nos critères habituels auraient vu seulement une défaite.
Aujourd’hui, nous pouvons confier à Jésus un cri auquel nous n’avons pas de réponse. Nous n’avons pas besoin de prononcer une formule paisible pour être entendus. Le salut passe par celui qui a connu la détresse, et sa résurrection garde cette détresse de devenir le dernier mot. Nous pouvons également rester auprès d’une personne qui crie, sans transformer sa plainte en problème à corriger.