On ne sait pas quel chagrin il peut y avoir sur la mer en ce moment. Nous sommes dans la sécurité de notre chambre mais, loin sur les étendues de l’océan, l’ouragan traque cruellement la vie des marins. Écoutez comment ce démon enragé hurle parmi les cordages, comment chaque poutre frémit alors que les vagues s’abattent sur le vaisseau comme autant de coups de bélier ! Que Dieu vous vienne en aide, pauvres âmes trempées et fatiguées !

Ma prière s’élève vers le grand Seigneur de la mer et de la terre, afin qu’il apaise la tempête et vous amène vers la sécurité du port. Il ne me suffit pas non plus d’offrir des prières, mais je devrais chercher à apporter quelque bienfait à ces hommes endurcis qui risquent leur vie sans cesse. Ai-je jamais fait quelque chose pour eux ? Que puis-je faire ?

Avec quelle fréquence la mer en furie engloutit les marins ! Des milliers de corps gisent dans les fonds où reposent les perles. Un chagrin de mort se fait entendre sur la mer dans la longue lamentation des veuves et des orphelins. Le sel marin fait pleurer beaucoup d’yeux de mères et d’épouses. Vagues sans remors, vous avez dévoré l’objet bien-aimé de ces femmes et le soutien de ces familles. Quelle résurrection prendra place hors des grottes de l’abîme au jour où la mer rendra ses morts !

En attendant ce temps, il y aura encore du chagrin sur la mer. Comme si elle s’unissait aux malheurs de la terre, la mer s’agite continuellement le long d’innombrables rivages, laissant, comme l’un de ses oiseaux, échapper son triste cri, résonnant du coup sourd de son agitation, délirant en un mécontentement bruyant, s’irritant d’une colère rauque ou cliquetant du bruit de myriades de galets.

Le rugissement de la mer peut sembler joyeux à l’esprit qui se réjouit mais, au fils du chagrin, l’immensité de l’océan est encore plus triste que l’immensité de la terre. Cette vie n’est pas le lieu de notre repos et les flots agités nous le disent. Il y a un pays où il n’y a plus de mer tourmentée.

Tournons notre face résolument dans cette direction, car nous allons vers le lieu dont le Seigneur nous a parlé. En attendant, nous plaçons nos chagrins sur le Seigneur qui marcha naguère sur la mer et qui traça un chemin pour son peuple parmi les flots.