Nous aurions du mal à nous réjouir à la pensée de perdre les merveilles de l’océan. Les nouveaux cieux et la nouvelle terre n’en paraîtraient pas plus beaux à notre imagination si, effectivement, il ne devait littéralement plus y avoir la grande et vaste étendue maritime, avec ses vagues scintillantes et ses plages jonchées de coquillages. Ne faut-il pas lire ce texte comme une métaphore, empreinte du préjugé avec lequel l’esprit oriental regardait de façon universelle la mer dans les temps anciens ? Un monde physique réel sans la présence de la mer est une chose triste à imaginer, comme une bague qui aurait perdu le saphir qui la rend précieuse. Il doit y avoir ici un sens spirituel. Dans la nouvelle ère, il n’existera plus de division. Aujourd’hui, la mer sépare les nations et coupe les peuples les uns des autres. Les profondes eaux étaient pour Jean comme les murs d’une prison sur l’île de Patmos, lui interdisant de voir ses frères et de poursuivre son œuvre. Il n’y aura plus de telles barrières dans le monde à venir. Des lieues de flots agités s’étendent entre nous et quelque parent dont nous nous souvenons dans la prière ce soir. Mais, dans le monde merveilleux où nous allons, toute la famille des rachetés jouira d’une communion fraternelle ininterrompue. Dans ce sens, la mer ne sera plus. La mer est un symbole de changement. Avec les mouvements de ses marées, son calme presque parfait ou ses vagues aussi hautes que des montagnes, son doux murmure ou ses rugissements tumultueux, elle n’est jamais longtemps la même. Elle ressemble à une esclave, menée au fouet des vents changeants, qui doit suivre l’influence d’une lune toujours différente. L’instabilité de la mer est proverbiale. Dans cet état mortel, nous aussi connaissons beaucoup de cela. La terre est constante seulement dans son inconstance. Mais, dans l’état céleste, tout changement triste sera oublié, et avec cela disparaîtra toute crainte qu’une tempête vienne fracasser nos espérances et engloutir nos joies. La mer de cristal brille d’une gloire qu’aucune vague ne vient briser. Aucune tempête ne hurle le long des rivages du paradis. Nous parviendrons bientôt dans ce pays de félicité où se terminent toutes les séparations, tous les changements et les tempêtes ! Jésus nous y poussera. Sommes-nous en lui ou non ? Voilà la grande question.