Jésus raconte l’histoire de deux fils envoyés travailler à la vigne. L’un refuse puis revient sur sa décision ; l’autre répond respectueusement mais ne part pas. La parabole interroge des responsables religieux sur leur réponse à l’appel de Dieu.
Un père demande à son fils d’aller travailler aujourd’hui dans sa vigne. Le fils refuse. Sa réponse ne prend même pas la peine de préserver les apparences. Pourtant, quelque chose change : il revient sur sa décision et il y va. Sa première parole n’aura pas été le dernier mot de son histoire.
L’autre fils répond avec le respect attendu. Il semble avoir compris sa place et reconnu l’autorité de son père. Mais il n’ira pas. La belle réponse reste sans lendemain. À la question de Jésus, ses interlocuteurs doivent reconnaître lequel des deux a fait la volonté du père : celui qui est finalement parti.
Jésus ne fait pas l’éloge du refus initial. Il ne nous conseille pas de commencer par désobéir pour donner ensuite plus de relief à notre obéissance. Il met au jour un écart : les mots que nous prononçons sur Dieu peuvent devenir une protection contre la réponse concrète qu’il attend.
Dans la discussion, il évoque les collecteurs d’impôts et les prostituées qui ont cru à la parole de Jean. Ceux que l’on tenait pour éloignés ont accepté de revenir vers Dieu. Les responsables auxquels Jésus parle ont vu ce changement, mais ils n’en ont pas été conduits à croire eux aussi. La familiarité religieuse peut ainsi rendre un cœur moins disponible que l’aveu d’un égarement.
Il serait injuste de transformer cet avertissement en mépris envers un peuple ou un groupe religieux. Jésus parle à des interlocuteurs précis et sa question atteint aussi toute communauté chrétienne. Nous pouvons connaître les réponses, les formules et les gestes attendus tout en différant indéfiniment ce qui nous engage.
La parabole nous donne aussi une espérance. Un refus passé n’interdit pas une réponse présente. Reconnaître une faute, demander pardon, reprendre un engagement ou accepter un appel que nous avions écarté : ces démarches peuvent commencer sans réécrire notre histoire pour la rendre honorable. Le père demande un travail aujourd’hui ; ce jour reste ouvert.
Jésus ne nous demande pas de mesurer notre valeur à la somme de nos réussites. Il nous appelle à ne pas mettre nos paroles à la place de la confiance. Aujourd’hui, nous pouvons regarder un oui resté sans geste et un non qui pourrait devenir un retour. La grâce ouvre le chemin ; notre réponse apprend à y poser les pieds.