Job posait ici une étrange question à Dieu. Il se sentait trop insignifiant pour que Dieu le garde et le châtie avec tant de rigueur. Il espérait ne pas faire preuve d’une insoumission qui nécessite une telle restriction. La question était assez naturelle de la part de quelqu’un qu’environnaient des misères si insupportables mais, après tout, elle pouvait recevoir une réponse très humiliante. Il est vrai qu’un homme n’est pas la mer, mais il s’avère pourtant plus troublé et indiscipliné que l’océan.

La mer respecte avec obéissance ses limites et, bien que celles-ci ne soient souvent rien de plus qu’une ceinture de sable, elle ne les franchit pas. Puissante comme elle est, elle entend le divin « jusqu’ici » et elle le respecte, même quand elle est agitée par la plus furieuse des tempêtes. En revanche, dans son opiniâtreté, l’homme s’élève contre le ciel et opprime la terre, sans que sa rage rebelle ne connaisse de fin.

La mer obéit à la lune. Elle monte et descend en marées à la régularité continuelle. Elle montre ainsi une obéissance à la fois active et passive. Mais l’homme, agité là où il ne devrait pas l’être, dort au lieu d’accomplir son devoir et s’abandonne à l’indolence quand il devrait être actif. Il refuse d’aller ou de venir en réponse à l’ordre divin, mais décide dans son entêtement de faire ce qu’il ne devrait pas, alors qu’il ne fait pas ce qu’on lui demande.

Chaque goutte d’eau dans l’océan, chaque particule, coquillage et galet, ressent la puissance de la loi de son Créateur et en accomplit les ordres immédiatement. Si seulement notre nature avait la millième partie de cette conformité à la volonté de Dieu ! Nous qualifions la mer de traître et d’imprévisible, mais comme elle est constante ! Dès les jours de nos ancêtres, et longtemps déjà avant cela, elle était là où elle est aujourd’hui, frappant les mêmes falaises avec les mêmes bruits. Nous savons où elle se trouve. Elle n’abandonne jamais son emplacement et elle ne change pas dans son incessant grondement.

Mais, où est l’homme, l’homme vain et inconstant ? Le sage peut-il deviner quelle folie le séduira bientôt et le détournera de son obéissance ? Nous avons davantage besoin d’être surveillés que la mer houleuse et agitée et nous sommes de loin plus rebelles. Seigneur, règne sur nous pour ta gloire. Amen.