Certaines choses de la nature doivent demeurer des mystères même à l’investigateur le plus intelligent et persistant. Il y a des limites au-delà desquelles la connaissance humaine ne peut pas aller. La connaissance totale et universelle appartient à Dieu seul. S’il en est ainsi pour les choses visibles et temporelles, je peux avoir l’assurance que c’est encore plus le cas pour ce qui concerne les questions spirituelles et éternelles.

Pourquoi donc me suis-je torturé l’esprit avec des spéculations sur la destinée et la volonté, le fatalisme et la responsabilité de l’homme ? Je ne suis pas plus capable de saisir ces vérités sombres et obscures que de découvrir les profondeurs qui gisent au-dessous du sol, ou de savoir d’où l’océan ancien tire ses ressources liquides.

Pourquoi suis-je si curieux quand il s’agit de connaître la raison derrière les circonstances de la providence de mon Seigneur, les mobiles de ses actions et les desseins de ses visites ? Serai-je jamais capable d’agripper le soleil avec le poing ou de tenir l’univers sur la paume de ma main ? Pourtant, ces choses sont en comparaison comme les gouttes dans un seau pour le Seigneur mon Dieu.

Il me faut cesser de lutter pour comprendre l’infini. Je dois plutôt dépenser ma force dans l’amour. Ce que je ne peux gagner par l’intellect, il m’est possible de le posséder par l’affection. Que cela me suffise. Je ne suis pas capable de pénétrer au cœur des mers, mais je peux bénéficier des brises revigorantes qui soufflent à la surface de l’eau. Il m’est aussi possible de naviguer sur les flots au gré des vents propices.

Si je pouvais pénétrer aux sources des mers, ce haut fait ne servirait à rien, ni pour moi, ni pour autrui. Cela n’empêcherait pas le vaisseau de sombrer et ne redonnerait pas le marin noyé à sa famille éplorée. Ma résolution des grands mystères ne me servirait pas le moins du monde, car le moindre amour pour Dieu et l’acte le plus simple d’obéissance envers lui valent mieux que la connaissance la plus profonde.

Mon Seigneur, je te laisse l’infini et je te prie d’éloigner de moi cet amour pour l’arbre de la connaissance qui m’empêcherait d’aller à l’arbre de la vie.