Par ces mots, le Seigneur revendique de la manière la plus claire son droit de donner ou de retenir sa miséricorde selon sa propre volonté souveraine. De même que le monarque est investi de la prérogative de vie et de mort, le Juge de toute la terre possède aussi le droit d’épargner ou de condamner le coupable selon qu’il lui en semble bon ou non.

Par leurs péchés, les hommes ont perdu tout droit sur Dieu. Ils méritent de mourir à cause de leurs péchés et, si tous mouraient ainsi, personne n’aurait de raison pour se plaindre. Le Seigneur peut très bien intervenir et sauver certains hommes, du moment que les buts de la justice ne sont pas contrariés. En revanche, s’il juge qu’il vaut mieux laisser le coupable à sa juste condamnation, personne ne peut l’assigner à leur tribunal.

Tous ceux qui discutent sur le droit que possèdent les hommes à être placés sur un pied d’égalité ne sont que des insensés et des impudents. Les contentions qui s’élèvent contre le caractère discriminatoire de la grâce proviennent au mieux de l’ignorance et ne sont que les marques de la rébellion de la nature humaine orgueilleuse contre la couronne et le sceptre de l’Éternel.

Quand nous en venons à voir notre ruine complète et tout notre démérite, ainsi que la justice du verdict divin contre le péché, nous cessons d’ergoter face au fait que le Seigneur n’est sous aucune obligation de nous sauver. Nous ne murmurons plus en le voyant décider de sauver les autres, comme s’il nous faisait quelque tort. Au contraire, nous ressentons que seul un acte souverain de bonté imméritée le pousse à daigner porter le regard sur nous, acte pour lequel nous bénirons à jamais son nom.

Comment ceux qui font l’objet de l’élection divine pourront-ils suffisamment adorer la grâce de Dieu ? Il n’y a pas de place pour se glorifier, car la souveraineté exclut cela de la manière la plus efficace. Seule la volonté du Seigneur est glorifiée et la notion même de mérite humain est rejetée dans un mépris éternel.

Il n’existe pas de doctrine plus humiliante dans l’Écriture que celle de l’élection, ni aucune qui serve à davantage promouvoir la gratitude et, en conséquence, aucune doctrine qui ne sanctifie davantage. Les croyants ne devraient pas en avoir peur, mais plutôt s’en réjouir avec un cœur empli d’adoration.