Jérémie 9 met à nu les appuis dont les humains aiment se glorifier. Face à un peuple menacé et spirituellement malade, Dieu ne condamne pas seulement de mauvais comportements : il révèle aussi de fausses fiertés.

Le passage commence par une triple mise en garde : que le sage ne se glorifie pas de sa sagesse, que le fort ne se glorifie pas de sa force, que le riche ne se glorifie pas de sa richesse. Jérémie vise trois grands appuis humains, toujours actuels.

La sagesse peut devenir une fierté subtile. Savoir comprendre, analyser, prévoir, interpréter, argumenter, voilà des dons réels. La Bible ne méprise pas l’intelligence. Mais lorsque la sagesse devient notre gloire, elle se retourne contre nous. Nous commençons à nous appuyer sur notre lucidité plus que sur Dieu.

Cette tentation est particulièrement forte chez ceux qui aiment penser. On peut connaître des doctrines, lire des livres, expliquer des textes, discerner des erreurs, et pourtant glisser vers une confiance en sa propre capacité de jugement. La sagesse reçue devient alors une couronne que l’on se pose soi-même.

Dieu mentionne ensuite la force. Elle peut être physique, sociale, émotionnelle, politique, professionnelle. La force donne une impression de maîtrise. Elle permet d’agir, de résister, de construire, de protéger. Mais elle devient mensonge lorsqu’elle nous fait croire que nous sommes invulnérables.

Le fort peut oublier que sa force est fragile. Un événement suffit parfois à révéler la limite du corps, de la position, du courage ou de l’influence. Jérémie ne dit pas que la force est mauvaise. Il dit qu’elle ne doit pas être notre gloire.

La richesse est le troisième appui. Elle promet sécurité, options, reconnaissance, confort, pouvoir de choisir. Là encore, le problème n’est pas seulement la possession, mais la gloire qu’on en tire. Quand la richesse devient identité, elle prend une place religieuse dans le cœur.

Ces trois fiertés ont un point commun : elles peuvent être bonnes comme dons, mais destructrices comme fondements. Sagesse, force et richesse deviennent dangereuses lorsqu’elles remplacent la connaissance de Dieu comme centre de gravité de la vie.

Dieu propose alors une autre gloire : « Que celui qui veut se glorifier se glorifie d’avoir de l’intelligence et de me connaître. » La vraie fierté n’est pas de posséder quelque chose devant Dieu, mais de recevoir la grâce de le connaître.

Connaître Dieu, dans la Bible, n’est pas seulement savoir des choses exactes à son sujet. C’est entrer dans une relation d’alliance, reconnaître son caractère, vivre devant lui, apprendre ses voies. La connaissance de Dieu engage l’intelligence, mais elle dépasse l’information.

Dieu précise ce qu’il veut faire connaître de lui-même : il est l’Éternel qui exerce la bonté, le droit et la justice sur la terre. La connaissance de Dieu n’est pas vague. Elle porte sur son caractère moral. Dieu aime la fidélité, il établit le droit, il pratique la justice.

La bonté évoque son amour fidèle, sa miséricorde active, sa loyauté d’alliance. Connaître Dieu, c’est découvrir qu’il n’est pas une puissance froide. Il agit avec une bonté qui tient, qui relève, qui s’engage envers les siens.

Le droit rappelle que Dieu gouverne avec droiture. Il ne se laisse pas manipuler par les apparences, les privilèges ou les rapports de force. Dans un monde où le droit peut être tordu, connaître Dieu signifie apprendre que la réalité ultime n’est pas injuste.

La justice complète cette révélation. Dieu ne tolère pas indéfiniment ce qui détruit. Il défend ce qui est droit, il nomme le mal, il restaure l’ordre de son alliance. Sa bonté n’est pas mollesse, et sa justice n’est pas cruauté.

Dieu ajoute : « C’est à cela que je prends plaisir. » Cette phrase est lumineuse. Elle nous montre ce qui réjouit Dieu. Il prend plaisir à la bonté, au droit et à la justice. Connaître Dieu, c’est donc aussi apprendre à aimer ce qu’il aime.

Cette connaissance transforme nos ambitions. Si Dieu prend plaisir à ces réalités, nous ne pouvons pas nous contenter d’être admirés pour notre intelligence, notre influence ou nos moyens. La vraie maturité consiste à refléter, même modestement, le caractère du Dieu que nous connaissons.

Le passage démasque ainsi une spiritualité qui parlerait de Dieu tout en conservant les mêmes gloires que le monde. On peut utiliser le vocabulaire religieux pour renforcer sa sagesse, sa force ou sa richesse. Jérémie appelle à un déplacement plus profond : que Dieu lui-même devienne notre gloire.

L’apôtre Paul reprendra cette parole pour montrer que la gloire du croyant se trouve dans le Seigneur, non dans les performances humaines. Devant la croix, nos fiertés ordinaires perdent leur pouvoir. Le Christ crucifié renverse la sagesse du monde, expose la faiblesse des puissants et ouvre une richesse de grâce.

En Jésus, nous voyons parfaitement la bonté, le droit et la justice de Dieu. Sa bonté accueille les pécheurs. Sa justice porte le péché sans le nier. Son droit rétablit ce que le mal a déformé. Le connaître, c’est entrer dans la vraie gloire.

Aujourd’hui, Jérémie nous invite à examiner ce dont nous sommes secrètement fiers. Il ne s’agit pas de mépriser les dons de Dieu, mais de leur retirer la place de gloire. L’intelligence, la force et les ressources peuvent servir. Elles ne peuvent pas sauver. Que notre joie la plus profonde soit de connaître le Seigneur.