Quand l’arche est installée à Jérusalem, David confie un chant de louange. Le peuple est appelé à chanter, annoncer, raconter et rendre gloire au Seigneur devant toutes les nations.

L’arche est revenue au centre de la vie d’Israël. David organise la louange, établit des serviteurs devant l’arche, et donne un chant qui ne se contente pas de célébrer une émotion nationale. La joie d’Israël devient annonce. Le peuple qui a reçu la présence de Dieu doit apprendre à parler de lui.

Le chant commence par un appel large : « Chantez au Seigneur, vous tous habitants de la terre ! » La louange ne reste pas enfermée dans un cercle d’initiés. Elle vise la terre entière. Israël chante depuis son histoire particulière, mais le Dieu qu’il célèbre n’est pas un dieu local. Sa gloire concerne tous les peuples.

Puis vient cette injonction : annoncer de jour en jour son salut. La louange biblique ne se réduit pas à une intensité intérieure. Elle devient témoignage répété. De jour en jour, il faut redire ce que Dieu fait, parce que le cœur oublie vite et parce que le monde a besoin d’entendre une autre nouvelle que celle des puissances qui passent.

Le chant demande aussi de raconter parmi les nations sa gloire, parmi tous les peuples ses merveilles. Raconter est un acte spirituel. Dieu n’est pas seulement défini par des idées abstraites. Il s’est fait connaître par des actes, des délivrances, des fidélités, des jugements, des promesses. La louange garde la mémoire vivante en la mettant en parole.

Le texte donne ensuite la raison de cette annonce : le Seigneur est grand et très digne de louange, il est redoutable par-dessus tous les dieux. La mission de la louange ne vient pas d’un besoin de promotion religieuse. Elle vient de la grandeur réelle de Dieu. Il mérite d’être connu pour ce qu’il est.

Les dieux des peuples sont des idoles, mais le Seigneur a fait les cieux. Cette opposition est fondamentale. Les idoles peuvent recevoir de la peur, des sacrifices, des désirs et des habitudes, mais elles ne créent pas. Elles ne portent pas le monde. Le Seigneur, lui, est Créateur. La louange publique remet les puissances à leur vraie place.

Splendeur et magnificence sont devant lui, force et joie dans sa demeure. Ces mots élargissent notre imagination. Dieu n’est pas seulement utile, comme une solution à nos problèmes. Il est beau, majestueux, fort, joyeux. La louange nous apprend à ne pas mesurer Dieu seulement à partir de nos besoins immédiats. Elle nous tourne vers sa gloire.

Le chant appelle les familles des peuples à rendre au Seigneur gloire et force. Rendre gloire ne signifie pas ajouter quelque chose à Dieu, comme s’il en manquait. Cela signifie reconnaître publiquement ce qui lui appartient. Beaucoup de nos désordres viennent de gloires mal attribuées. Nous donnons trop à l’humain, trop aux idoles, trop à nous-mêmes, et trop peu au Seigneur.

La louange publique a donc une dimension de justice. Elle remet le monde dans le bon ordre. Le Créateur reçoit la gloire du Créateur. Les peuples sont appelés à se prosterner devant lui avec une sainte splendeur. La terre tremble devant celui qui règne. Le monde est affermi, il ne chancelle pas.

Ce passage nous interroge. Notre foi est-elle devenue si privée qu’elle ne sait plus raconter Dieu ? Avons-nous réduit la louange à ce qui nous touche, sans apprendre à annoncer ce qui est vrai ? Bien sûr, la louange publique peut devenir spectacle ou slogans. Mais son abus ne doit pas nous faire perdre sa vocation : dire la gloire de Dieu dans un monde saturé d’autres gloires.

Le chant se termine par une phrase simple et immense : « Louez le Seigneur, car il est bon, car sa fidélité dure éternellement. » Voilà le cœur. La louange publique n’a pas besoin d’inventer Dieu. Elle répond à sa bonté. Elle confesse sa fidélité. Et elle invite la terre à entendre que le Dieu qui règne est bon.